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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 22:46

Lettre ouverte à tous les consuls de monde, aux conseillers des affaires étrangères, aux autorités compétentes, disposant d’un large pouvoir d’appréciation concernant l’accord ou bien le blocage des visas :

Je sais que vous êtes des hauts dignitaires, une élite sociale qui a gravi en grandes foulées tous les échelons, suffisamment compétents pour combler de tels postes à tâches délicates et minutieuses. Je sais que vous êtes suffisamment occupés, que votre agenda est bien rempli et que vous ne trouvez ni le temps, ni le goût pour lire un tel message, qui n’arrivera jamais à vos oreilles, sourdes aux futilités, attentives aux affaires sérieuses. Il ne s’agit pas de dire ses quatre vérités mais plutôt de parler avec un ton de sincérité et de voir les choses de tous côtés.

Il est tout à fait naturel et légitime de défendre vos pays, vos frontières, l’intégrité territoriale et la souveraineté de vos États. D’ailleurs, ça fait partie de votre boulot. C’est votre devoir sacré, engagement et responsabilité envers vos peuples et c’est pour cela qu’on vous paye aux frais du contribuable. Je juge inutile de rappeler le serment que vous avez prêté devant vos compatriotes dans l’objectif de veiller sur leur grand bien.

Rentrons maintenant au vif du sujet. Sans vouloir vous offusquer, je trouve votre manière, procédure, démarche, appelez-la comme vous voulez, d’octroi de visa est foncièrement boiteuse et défectueuse. Nous sommes tous d’accord qu’il est impératif de déposer un dossier, de payer la demande, de suivre les formalités administratives et d’attendre le temps qu’il faut afin de bien étudier et traiter chaque demande à part. Il n’est pas question de badiner ni avec la sécurité du pays ni avec ses hauts intérêts. Cependant, je désapprouve le refus systématique, le rejet machinal d’une race, d’une nationalité, d’une nation ou même d’une tribu en mettant en avant l’ordre public, l’argument sanitaire, le risque de détournement du visa de court séjour… Derrière une nébuleuse brouillée de motifs, vraisemblablement corrects, se cachent les vraies causes de cette opposition : Bourdes et tensions diplomatiques, chantages, coups bas et règlements de comptes politiques, raisons ethniques,… et d’autres mobiles qui dérangent et font mal s’ils sont rendus publiques. De toute façon, il est oiseux de garder ce secret de Polichinelle. Il serait injuste de sanctionner tout un peuple à cause d’une bavure isolée de l’un de ses responsables politiques. Le châtiment collectif n’amène qu’à un retour de manivelle, un effet contre-productif. La fermeture musclée des frontières aux immigrants clandestins ne fait que corser l’addition et jeter de l’huile sur le feu. Soyons raisonnables, lucides et constructifs. Quelle est la faute de celui qui désire voir vos civilisations de près, vos modes de vie, vos ouvrages, monuments et sites ? Évidemment, le monde est un spectacle à regarder et non un problème à résoudre. Pourquoi donner du fil à retordre à ceux qui veulent admirer l’étendue de vos arts, l’envergure de votre civisme et la douceur de votre hospitalité ? Pourquoi tournez-vous le dos à ceux qui saluent vos prestations, qui reconnaissent vos bienfaits, qui tirent leurs chapeaux et énumèrent les faveurs que vous avez accompli pour nous ? Votre attractivité, n’est-ce pas un titre de gloire ? Votre charme, séduction et magnificence à l’image d’une femme fatale n’est pas une satisfaction pour vous ? Être étiqueté comme un « pays de chance » n’est pas une fierté, une source de réconciliation, un argument de votre côté vous permettant de persuader une jeunesse douteuse de vos patries quoique ces dernières valent de l’or en barre? L’humain est porteur d’un projet, d’une ambition, d’un rêve d’une vie meilleure que vous tuez dans l’œuf par simple interdiction de visa. Prenez la peine d’écouter le soupirant de vos terres. Prenez votre temps et accordez-lui un entretien. Laissez-lui l’occasion de vous ouvrir son cœur et vous montrer ce qu’il a dans le ventre. Regardez-le dans les yeux. Profond dans la pupille, vous trouverez les réponses à toutes vos questions. Ce n’est pas le papier qui pénétrera vos sols mais des personnes physiques vacillant entre le bien et le mal. Alors donnez de l’importance à la personne et accueillez-la dans vos bureaux. Faites preuve de gentillesse et ôtez le racisme et la méchanceté de vos regards. Souhaitez à l’immigrant un bon séjour. Optez pour un discours magnanime démuni de cet accent hautain. Un sourire candide ne coûte rien. Alors donnez libre cours à vos muscles faciaux. Cessez les méthodes cavalières d’antan. Faites le deuil de la bureaucratie, place désormais à l’adhocratie.

Se lever de bonne heure, se déplacer jusqu’au consulat, déposer le dossier et attendre, puis se voir rejeter sa demande comme un laissé-pour-compte, c’est là où nait l’ébauche de l’agressivité. Cette dernière grandira dans l’âme lorsqu’on parvient à mettre les pieds sur un sol d’une façon illégale et qu’on se trouve au creux de la vague, en train d’affronter la plus effroyable des atrocités, la xénophobie proprement dite et les œillades hostiles et insultantes. Ne croyez pas un instant que les gardes qui vous gardent sont capables de vous protéger. L’assaut de l’ambassade américaine en Tunisie, Libye, Égypte, Inde, Yémen et Soudan, un souvenir amer comme chicotin, exacerbé par la mort de l’ambassadeur étasunien à Benghazi, est le fruit de cette agressivité maquillé d’intégrisme et d’extrémisme religieux. La leçon à tirer est que les murailles de l’ambassade et du consulat sont vulnérables et franchissables. Par qui ? Par les gens qui subissent les déboires d’une réponse négative quant-à la délivrance d’un visa, par les gens que vos territoires leurs sont défendus. Certes, la pilule semble difficile à avaler. Il suffit juste d’avoir l'étincelle qui mettra le feu aux poudres. Et boum ! Le bilan est lourd.

Je sais qu’un tas d’immigrés clandestins sèment la pagaille et ternissent l’image de vos pays. Toutefois, faites l’effort de regarder le revers du médaillon. Il semble plus brillant et plus luisant. Combien de sans-papiers se sont pris pour des héros et se sont offerts en holocauste. Citons, par la triste occasion de l'incendie d’Aubervilliers en France, l’exemple des deux tunisiens en situation irrégulière qui ont défié un bâtiment en feu, risquant leurs peaux métisses dans le but d’épargner d’autres peaux caucasiennes, plus claires. Comment expliquez-vous le fait qu’un nègre malien de confession musulmane dépourvu de titre de séjour en règle, sauve la vie des citoyens juifs et français de souche en les cachant dans la chambre froide de l'hypermarché Casher à la Porte de Vincennes lors de la prise d’otages sanglante orchestrée par Amedy Coulibaly, un vrai français, mais malheureusement ennemi de la France ? Morale de l’histoire, donnez aux hommes des chances égales. Retirez la nationalité de ceux qui voient le jour dans vos territoires et qui vous causent des ennuis et ouvrez les bras à ceux qui rêvent de s’installer chez vous pour faire progresser vos jolis pays.

Si vous m’accordiez la chance de traverser vos frontières, je respecterais vos normes, pourquoi pas ? Alors que l’invité est appelé à respecter son hôte ! Je me soumettrais, de plein gré, à vos lois et vos manières. Je ferais de mon mieux pour éviter de vous faire froncer les sourcils. Je suis à fleur de peau mais je supporterais vos regards racistes et je m’efforcerais de m’y acclimater. Je ne tuerais personne. Je ne lèverais la main sur personne. Je n’injurierais quiconque. Si l’un de vos concitoyens m’offensait, je prendrais mon mal en patience car le pacifisme coule dans mes veines. Je m’évertuerais à faire bon usage de toutes les bonnes manières et les comportements corrects que ma patrie m’a initié. Je vous pardonnerais vos bévues. Parmi vous, j’embrasserai, cœur blanc, l’assassin de mon frère. Je prendrais soin de votre environnement, j’appliquerais les règles du bon voisinage. Je gagnerais mon pain dignement en bossant à plein régime. Je travaillerais des heures supplémentaires sans compter. Je joindrais les associations caritatives et je me porterais candidat volontaire à toute œuvre humaniste à but non lucratif. Bref, si une telle opportunité se présentait, je serais un citoyen exemplaire, taillé sur mesure, comme je l’étais déjà dans mon pays natal. Il s’agit là d’une promesse d’un homme de parole. Je ne raconte guère de salades autant en emporte le vent.

En résumé, ça fait mal au cœur de voir des gens probes se prendre un râteau au lieu de prendre un visa. Ouvrez ces pourries de barrières. Abaissez cette énorme différence de potentiel, ce haut voltage, qui menace d’électrocuter votre sécurité nationale. Tirez profit de ces nouveaux arrivants. Ils peuvent servir à une multitude de tâches. Il suffit de citer la pénurie de main d’œuvre qualifiée qui accable votre marché d’emploi, déjà à bout de souffle. Tant de postes, que vos concitoyens refoulent, restent vacants et inoccupés. Soyez positifs et nous vous éprouverons de la gratitude. Le chien ne mord pas la main qui le nourrit.

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Published by Achref Snoussi
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