Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 21:15

Deux points de vue divergents ne signifient pas systématiquement que l’un est juste et que l’autre est aberrant. Considérons le principe anthropique qui dit que l’univers a été façonné pour servir l’Homme. Mais qui a créé l’univers? Il y a certainement une puissance créatrice qui a généré cet univers, dont particulièrement la terre qui a hébergé l’être humain. Les croyants appellent cette puissance Dieu alors que les athées attribuent la création à la nature ou au hasard. L’être humain faisant partie de cette création est un être assez frêle, ignorant, mais prétentieux aussi. Il suffit de voir comment il crève assez promptement lorsque la rage de la nature se déchaine. La récente secousse de la terre haïtienne n’est qu’un simple exemple. Ainsi, l’histoire regorge des erreurs anthropiques, des défaillances et des injustices qui ne sont que la manifestation pure et dure de l’élémentarité de la raison humaine. Il suffit de revenir un siècle en arrière pour se rendre compte de la cruauté de l’Homme, celle qui a engendré une première mais aussi une deuxième guerre mondiale, pendant lesquelles il s’est servi par les plus dévastatrices des armes. L’expansion industrielle ne cesse point de tuer l’environnement, tels sont les traces des catastrophes nucléaires, à titre d’exemple, dont les dégâts sont discernables jusqu’à l’heure actuelle. Sans oublier les luttes à l’enrichissement, le racisme, la pollution…, qui étouffent encore tous les coins du globe gémissant à mi-voix…

Néanmoins, l’autre face du revers semble plus brillante, regardons les exploits de l’humanité, le progrès de la science, le raffinement de la technologie, la socialisation des communautés, l’embellissement de l’existence, la mondialisation, la facilitation de l’accès à l’information, l’approvisionnement des soins, la découverte de l’espace… Cette ascension légendaire à un niveau suprême de conscience depuis la deuxième moitié du vingtième siècle nous a laissés pantois devant ce que l’Homme n’a pas pu faire depuis son apparition sur terre il y a 2 millions d’années. Dans le règne du vivant, unique créature douée de la raison, l’Homme est le maitre de la planète. Les musulmans conçoivent que Dieu a confié cet emplacement majestueux à l’Homme pour lui permettre d’honorer son créateur sur la terre. Soyons adeptes de cette opinion : L’Homme ne doit pas prendre des grands airs et agir avec jactance mais plutôt assumer la responsabilité et être à la hauteur des attentes divines.

Par Achref Snoussi - Publié dans : critique historique - Communauté : Actualité littéraire
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 14:17

Depuis l’antiquité, l’Homme a été toujours cette créature distincte, semblant distincte des autres. Il a été privilégié sur les autres êtres vivants. Parmi les avantages exclusifs dont il jouissait avec, on peut mentionner la possession de la raison. Cette propriété a été indispensable pour donner naissance à des savants, des philosophes, des travailleurs, des fondateurs… Ils ont tous contribué à construire la civilisation, à rectifier les choses, à faciliter les tâches… l’Homme possède un corps comme tous les autres animaux. Cependant, les bêtes se servent de leurs organismes uniquement pour satisfaire leurs besoins biologiques. Instinctivement, ils cherchent à procurer de la nourriture, à se reproduire… Pourtant, l’Homme emploie son corps délibérément pour non pas seulement assurer sa pérennité, mais aussi pour pousser le monde vers un avenir meilleur. Ainsi, l’Homme est doué d’une âme, un petit terme  qui désigne trop ; En faite, l’âme a poussé l’Homme à éprouver des sentiments, à s’engager à des croyances. Ces deux caractéristiques ont installé l’Homme sur le trône du pouvoir pour gouverner l’univers et pour le détourner pour son propre profit. L’Homme est devenu multidimensionnel. Il a politisé la vie en créant des règles, des préceptes pour encadrer son entourage, pour que chaque personne connaisse ses droits et ses devoirs. Les hominiens se sont répandus sur la terre, un globe sans frontières présentant des caractéristiques physiques différentes. Dans la douce dureté de cette planète, L’Homme s’est  accoutumé aux conditions du milieu en maniant l’environnement avec la subtilité dont il a été doté. Ainsi les Hommes ne sont pas tous nés dans le même cadre spatio-temporel, ils n’ont pas tous vécu ni les mêmes circonstances, ni les mêmes expériences. Chacun a ouvert les yeux dans un lieu différent. Chacun se trouva dans une famille différente, dans une société différente. Ceci a conféré le point de vue à l’Homme. Chacun a ses propres opinions, sa propre pensée, ses propres principes, sa propre croyance. Pourtant, les gens issues d’une même société, d’un même entourage se ressemblent dans leur mode de vie, dans leurs réflexions. Plus que ça, les personnes qui dérivent d’une même famille ont une forte affinité étant donné qu’ils partagent le même entourage. Pourtant il y a toujours des petites dissemblances. Même les frères jumeaux qui ont une analogie physique énorme, ils ont des avis divergents. Cet écart dans les idéologies a enjolivé la vie en lui donnant un aspect diversifié ainsi qu’un cocktail exquis. Malgré tout ça, on arrive toujours à se comprendre, à communiquer et à se rassembler pour défendre les mêmes causes. On a toujours envie de fréquenter les autres, de choisir des amis, pour partager les joies et les chagrins. Quoiqu’on ait toujours besoin de l’autre pour s’entraider et pour bénéficier de son appui, on désire aussi se rapprocher de quelqu’un pour lui confier les secrets, pour lui raconter des histoires, pour s’amuser ensemble. Cela nous fait atteindre l’équilibre moral en satisfaisant les besoins de l’âme. Néanmoins, les temps ont toujours envie de nous contrarier. On court toujours dans la mauvaise piste. On marche toujours à contre-courant. Le chemin est long. Il est si long qu’il s’étend à perte de vue. Il présente tant des obstructions. Parfois on arrive à les franchir, parfois on échoue. Certes, les échecs sont beaucoup plus nombreux que les succès.

Par Achref Snoussi - Publié dans : critique historique - Communauté : mémoire et écritures
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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /Mai /2009 16:48

         Khazdadar 1

 

          Tout le monde connait ce type, connu sous le nom de Mustapha Khaznadar, déclassé dans les ordures de l’histoire, ce vaurien qui s’est accaparé de la cagnotte du pays et qui a instauré une politique financière déplorable imposant une fiscalité extrêmement dure, et déployant la main, comme un gueux, aux emprunts français. Tout le monde se souvient de sa lâcheté et ses méthodes infectes de mâter l’insurrection, résultat de son injustice et sa malversation. Nul ne serait disposé à pardonner le sang des Tunisiens qui a coulé dans le contexte de la résistance à l’envahissement français, dû principalement au saignement du budget de l’État. Un saignement financier était traduit en hécatombe sanglante au terme d’une complicité entre le Bey et cet acolyte mesquin.

          Comment se fait-il qu’un minable réfugié Grec décroche la timbale en Tunisie ? Un piètre esclave est devenu une grande légume, un notable qui mettait la main sur tous les appareils de l’État, allant de l’armée jusqu’à le poste imposant du grand vizir, passant par le ministère des Finances. Importantes nominations, titres de noblesse et majestueuses gratifications, méritait-il tous ces titres de gloire ?  Fils prodigue, un sournois, une scorie, il n’a jamais été aux yeux de ses concitoyens. Étant au ban de la société, il a passé ses vieux jours haï et isolé. La menace d’être assassiné était suspendue sur sa tête comme une épée de Damoclès. Offrir l’asile à un tel ingrat n’est que réchauffer un serpent dans son sein. Le laisser trépasser dans le massacre de Chios, à l'instar de son père, lui aurait été une équitable punition. Voyons maintenant à serrer d’un peu plus près les circonstances qui ont amené Khaznadar à la trésorerie de l’État.

          Son vrai nom est Giorgios Kalkias Stravelakis. Il était né en 1817 à Kardamila sur l’île grecque de Chios. Capturé avec son frère Yannis en 1821 alors que son père Stephanis Kalkias Stravelakis fut massacré, prélude au massacre de Chios de 1822, il était conduit à Izmir puis Constantinople où il était vendu comme esclave à un envoyé du bey de Tunis. Il avait le cul bordé de nouilles d’avoir échappé à la mort dans un premier temps et d’être ensuite racheté par la famille royale. Élevé dans la famille beylicale par Mustapha Bey, puis par son fils Ahmed Ier Bey alors que celui-ci était encore prince héritier, il parvenait à se hisser aux plus hauts postes de l’État tunisien. Comment ?

          Il était élevé dans la dévotion mielleuse au bey. De ce fait, il a ôté l’habit d’esclave, supplanté aussitôt par un solennel costume de prince. Il profitait des largesses du bey  et finissait par  dérocher un siège au sein de la nomenklatura. En 1837, ver est dans le fruit, Khaznadar était devenu, à l’âge de 20 printemps seulement, ministre des Finances d’Ahmed Ier Bey. Ce poste lui a ouvert la porte à deux battants pour mener une cataclysmique carrière politique. Pour son avidité et son irrésistible exaltation au pouvoir, il a joué l’amoureux par arrivisme, seule chance qui permet de gravir prématurément et sans mérite les échelons de la hiérarchie. La fin justifie les moyens. Ainsi, le jeune renard a épousé la princesse Lalla Kalthoum en 1839 et se voyait promu lieutenant-général de l’armée beylicale. En 1855, il occupait la fonction de grand vizir de Mohammed Bey. Dès lors, la Tunisie entamait une longue traversée du désert. Enfin, Khaznadar a monté à la présidence du Grand Conseil de 1862 à 1878.    

           À l’époque, le pouvoir était l’apanage du bey. Or, ce dernier était loin de se dévouer corps et âme au service de son peuple. Coquille vide, il laissait les affaires politiques au Grand Conseil et s’adonnait à sa vie végétative, aux plaisirs charnels, aux festins paradisiaques, à l’extase du pouvoir. Son régime corrompu était manipulé en grande partie par son Éminence grise Khaznadar. Le système financier, tributaire de subsides, plutôt de prêts d’argent étrangers, contractés à tort et à travers, était vulnérable et précaire. Avec la hausse des impôts et l’interférence étrangère dans l’économie, le pays a connu de graves difficultés financières. Tous ces facteurs contraignaient le gouvernement à déclarer la banqueroute en 1869 et à créer une commission financière internationale anglo-franco-italienne. La mauvaise gouvernance de Khaznadar, sous les auspices du bey, était derrière la faillite de l’État. Il était trésorier, un poste à prébendes, à qui incombe la tâche de financer les rouages du pays. Le vol, un vice très ancré, promoteur du faste et générateur des jouissances, lui a promu une vie aisée alors que l’écrasante majorité de la population crevait de faim et d’indigence. Ce maudit régent était apparu comme une hydre au pouvoir et a floué les caisses. Une concussion d’apparence modeste sans panache, mais poursuivie régulièrement a abouti finalement à la grande galère. Une si grande concussion mûrement menée sur trois décennies, des grosses sommes ingurgitées comme dans un repas de glouton générateur d’indigestions, avec le temps, fatales. En 1873, le général Kheireddine Pacha, faisant partie de la frange cultivée rare à cette époque, un réformiste ambitieux, homme bienveillant et chevalier vertueux, a présenté au souverain, dans une audience au palais du Bardo un rapport de contrôle financier accusant Khaznadar d'avoir détourné 2000 obligations représentant deux millions de francs. Les preuves contre Khaznadar étaient accablantes. D’emblée, le bey a renvoyé Khaznadar et l’a fait remplacer par Keireddine.

Ces deux millions de francs dérobés ont fait de ce Khaznadar le prévaricateur tunisien le plus vil et l’escroc le plus cupide du 19ème siècle. Il a impitoyablement  engouffré la quasi-totalité du budget du pays d’une manière effrontée, arrogante et humiliante pour se procurer d’une charmante rente viagère.

           Tandis que les réserves se réduisaient comme une peau de chagrin, le bey isolé dans sa tour d’ivoire, se regardait le nombril et buvait du petit lait.

Le pillage excessif a confectionné une épaisse récession. À son pic, la famine expédiait aux cimetières des centaines de besogneux. Les plus chanceux parvenaient à survivre et mener une vie de Patachon. Le bey a astreint le peuple à un dédoublement d’impôts. L’ordre était  tombé sur les citoyens comme l’avalanche. Les tribus, refusant de travailler pour le roi de Prusse, ont annoncé la dissidence. Les taxes jugées exorbitants, l’extorsion pure et dure, ont fomenté une révolution qui a gagné vélocement les trois quarts du pays.

Touchés par les réformes introduites à l’image du modèle européen, la nouvelle organisation de l’administration et du pouvoir judiciaire, les citoyens ont ressenti les prémices d’un projet qui visait la destruction de l’identité arabo-musulmane du pays. Toutefois, l’augmentation de l’imposition représentait le motif principal de l’indignation populaire pesant sur les tribus patraques et affamées. Alors que les mamelouks du bey s’en prennaient à toutes les tribus pour collecter les taxes, le chef tribal Ali Ben Ghedhahem a ordonné la désobéissance fiscale et se verrait contraint de se réfugier dans les montagnes près d'Oueslatia et Bargou et d'organiser la résistance. D'autres tribus se ralliaient à son mouvement. En Avril 1864, Ben Ghedhahem et ses alliés déclaraient la révolution des tribus. L’insurrection éclatait et gagnait les trois-quarts de la population, n’épargnant que la capitale et la région du cap Bon. Elle venait cogner, par un coup de boutoir, la quiétude du bey qui s’est posé des questions sur l’éventuelle tombée de la capitale dans la main des insurgés, ce qui mettrait le holà à son règne. Le machiavélique Khaznadar a chargé le général Ahmed Zarrouk de réprimer l’insurrection tandis qu’il semait le doute et la discorde entre les unités tribales éparses. Il a réussi à susciter des scissions et des luttes intestines dans leurs rangs. Grâce à ses mille et un stratagèmes, il a réussi à éparpiller les alliés et coincer les rebelles. Ben Ghedhahem, considéré comme un héros populaire, fut capturé. Il a passé le reste de sa vie dans les oubliettes du bey et a subi les plus douloureuses tortures avant d’être diaboliquement empoisonné.

           Kheireddine Pacha était arrivé comme les carabiniers. Ses tentatives de sauver le pays ont vainement apporté le fruit. Il s’est acharné pour épargner le pays du grand déluge et a fourni des puissants efforts sans lendemain. En tout bien tout honneur, il a combattu la corruption et a essayé d’assécher sa principale source, Khaznadar sans doute. Le mouvement réformiste de Kheireddine était inédit et glorieux. Il a proposé une Constitution, la première du monde arabe, propre à conduire le pays dans une nouvelle voie de modernisation.

           Le Bey qui appréciait la Constitution préconisée par Kheireddine, amorçait le projet et finissait par rentrer dans le rang quand les émeutes ont jailli.

Convaincu que Khaznadar a détruit le pays de fond en comble, Kheireddine a mis Khaznadar sur la sellette. Le traitre s’en prenait pour son grade.  Intimidé jusqu’à la moelle, il a avoué sa concussion et s’est retrouvé viré, tout de go, par le bey. Toutefois, au lieu d’être sévèrement sévi et lapidé, cet escroc a fini sa vie libre, affranchi de tout délit, mais détesté par tout le monde. D’ores et déjà, Il est voué aux gémonies par la progéniture tunisienne.  

Khaznadar, le trésorier ripou, a exposé le pays aux intempéries de l’immixtion étrangère. Il l’a laissé non protégé aux morsures des prédateurs opportunistes. D'ores et déjà, il a éclaboussé l’histoire par une tâche noire, tenace dans l’esprit des Tunisiens comme une tâche de goudron.

           Le 19ème siècle était une ère de vicissitude continuelle où les épisodes de crise aveugles étaient couronnés de la colonisation étrangère. Aujourd’hui, on fait des gorges chaudes aux Tunisiens de cette époque. On les taxe de naïveté due à l’ignorance et la bêtise. On condamne les erreurs de la veille. Or, nous commettons au goût du jour des erreurs abominables dont le prix n'est pas moins lancinant.

Par Achref Snoussi - Publié dans : critique politique - Communauté : Actualité littéraire
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 20:18

            La Tunisie, ce petit pays à la cime de l’Afrique, bordé du Nord et de l’Est par la Méditerranée, cette douce mer douée d’une salinité de seulement 37 grammes par litre, propice à la pullulation d’une multitude de joyaux comestibles, à la différence de la mer morte qui, pour ses 300 grammes de sel par litre, ne laisse augurer la présence d’aucun signe de vie. Mais aussi cette mer, octroyant 1300 kilomètres de côte, transforme le petit pays en une station balnéaire touristique générant des sommes rondelettes durant « la saison des moissons ». De Sud, le pays est couvert de dunes cachant non seulement des nappes d’eau souterraine encore inexploitables, mais également un gisement pétrolier doux, c’est-à-dire pourvu d’une faible teneur en soufre ce qui permet d’éviter les coûteuses procédures de raffinage liés à la réduction du taux de soufre. L’ouest fourré de réserves naturelles, notamment le fer et le phosphate, a suscité la gourmandise des Français qui ont profité de la politique ruineuse du Bey, infligeant des impôts exorbitants à une petite population bûcheuse, pour imposer une colonisation funeste maquillée en « protectorat sauveur ».

           La Tunisie est aussi ces terres généreuses du Nord-Ouest, où la pluie pleut à cordes, et les plaines des régions côtières riches en matières humiques, excellentes pour les cultures agricoles. La Tunisie, 3000 ans de civilisation, un pays qui a résisté aux épreuves du temps et fut, à travers l’histoire une proie aux prédateurs avides, galvanisés par l’appât de gain, le positionnement stratégique et l’élargissement du front pionnier. Pour sa position géographie idéale au sein de la méditerranée, et ce qu’elle procure d’alternance de quatre saisons, de commerce naval et d’échanges culturels, la Tunisie a séduit les tous les peuples,  partant d’Elissa, la princesse de Tyr qui a fui les Phéniciens pour se rendre à Carthage et construire, sur seulement une peau de bœuf malicieusement  élargie,  « la Ville Neuve », jusqu’à la colonisation française qui dépouillé le pays de ses richesses au nom de la protection, passant par les conquêtes musulmanes qui ont fait de la Tunisie un campement pour répandre l’Islam en Europe. Sans que la liste soit exhaustive, l’empire romain, l’empire byzantin, l’empire ottoman, mais aussi les arabes et les espagnols ont déplacé leurs troupes pour s’accaparer des réserves de la Tunisie, appelée Ifriqiya dans le temps. Que ce soit pour des raisons économiques, religieuses ou militaires, tout le monde s’acharne pour la presser comme un citron.

           Aujourd’hui, les indigènes du pays spolient leurs propres ressources. Qui paye la dette ? C’est à un peuple pacifiste de passer sous les fourches caudines d’un engourdissement de conscience. Un Eldorado, une véritable mine d’or est transformée en un méprisable ghetto refoulant les jeunes désespérés qui n’hésitent pas à braver les vagues scélérates dans l’espoir de joindre les rives italiennes, xénophobes et, de plus en plus, inaccessibles. Les Tunisiens n’ont pas la mémoire d’éléphant. Ils ont oublié que les Italiens ont couru, autrefois, un risque suicidaire afin d’atterrir sur le sol carthaginois, dit « maudit » à l’époque. Le projet d’établissement d’une colonie romaine sur les ruines de Carthage a coûté à son auteur Caius la peine capitale. La plus grande spoliation de la Tunisie remonte à l’ère des guerres puniques, un antagonisme d’intérêt qui a opposé l’empire carthaginois à la république romaine qui convoitait irrésistiblement la Sicile, propriété du Métropole Carthaginois à l’époque. Des exactions exacerbées étaient commises par les Italiens notamment à l’encontre des habitants de Syracuse et Locres pendant les moments de trêve. À l’issue de la guerre, Carthage fut rasée et la flotte de Scipion, encombrée de prises, rentra à Rome. Sicile fut expropriée à jamais par les Italiens. C’est la plus grande confiscation des terres que la Tunisie ait connue dans son histoire.

Par Achref Snoussi - Communauté : Actualité littéraire
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 14:46

 

 

Je m’appelle Jean-Marc Dupont. J’ai trente-quatre ans. Je suis chef de service du laboratoire de biologie de la reproduction à l’hôpital Jean-Verdier. Je suis marié, j’ai une famille et je mène une vie tranquille jusqu’à ce jour, quand la sérénité n’a plus de séjour dans ma tête bouleversée et mon imagination énervée. Ça remonte à trois mois auparavant quand Antoine Blanc a fait son apparition, un ami que je n’ai pas vu depuis longtemps. C’était un copain d’enfance et on a passé ensemble un pan de jouvence entre les études et la turbulence. C’était une grande satisfaction avant le moment de séparation, lorsque la destinée a voulu nous évincer et chacun de nous deux a choisi un métier. Je suis devenu biologiste alors qu’il a préféré être styliste, plongé dans l’art de la mode, et d’un endroit à un autre il rôde, créant des vêtements beaux comme l’émeraude. Son épouse est extraordinaire, comme dans son physique que dans son caractère. Elle est institutrice à l’école et dans l’éducation des petits elle joue bien son rôle. Le beau couple a un bambin qui s’appelle Julien. Il est un adonis, et sur sa tête se dresse une nuit lui couvrant le front jusqu’aux sourcils. Ses cheveux épatants font de lui un descendant divergent de ses géniteurs qui étaient les deux blonds. Le gosse jouit d’une affection parentale qui ne dissimule point la complaisance conjugale. Il a une inclination un peu plus pour sa maman parce qu’elle est là tout le temps alors que son papa voyage souvent par obligation d’affaire et ne lui comble pas par la présence et la bienveillance du père. Mais, il a vite fait d’oublier ce coup de fouet quand Antoine rentre à domicile avec un tas de jouets. Dans la sérénité s’élève Julien, dorloté et bien entouré. Quoiqu’il jouisse d’une douce vie, un certain manque affectif l’asphyxie. Une langueur le secoue et un chagrin, parce qu’il n’a pas un frangin, à qui raconter les histoires et animer la maison et ses couloirs. Un frère ou une sœur, c’est le rêve le plus éminent, devenant ainsi la demande que le garçon réclame tous les temps. Il croit qu’un frère s’achète comme une marchandise et ne croit à ce que les autres disent. Il veut que ses parents achètent un chérubin car il est déjà privé des voisins. La maman ne veut pas que son enfant fréquente les lutins de la rue, sources des mauvaises habitudes et des ennuis, et noyer par conséquent dans les flots de la discourtoisie. Selon ses opinions, il est nécessaire de l’isoler du monde jusqu’à sa maturation. Avoir un autre descendant, c’était déjà le rêve du père, depuis un temps, pour que sa vie prospère. Le couple essaye d’avoir un enfant, mais sans aboutissement. L’humiliation accapare monsieur Blanc qui n’a tiré que des déboires. Mais, il continue à croire. Les idées hargnes ont tournoyé dans sa tête comme une foudre dévastatrice bouleversant ainsi sa quiétude et l’amenant jusqu’à mon service. La retrouvaille a eu lieu et son souci a affadi ma joie de son arrivée. Le gynécologue déclare que le couple souffre d’une infécondité secondaire qui les paralyse. Pour cette raison, il a demandé les tests et les analyses. Il ignore si cette incapacité provient de la mère ou du papa et il veut trancher et écarter l’incertitude et l’aléa. Après un interrogatoire prolongé, l’enquête détaillée n’a pas atterri sur une seule idée. Le médecin a pensé que l’étiologie la plus plausible de cette stérilité inintelligible était un dérèglement hormonal profond du à l’emploi surabondant de la pilule de contraception. Il a insisté quand-même à soumettre les deux parents à l’analyse et les aider à se débarrasser définitivement de la hantise. Ils viennent me voir avec une liste des tests médicaux et la consternation ne dissimule guère leurs maux. J’ai essayé de rassurer mon ami en lui expliquant que tout problème est résolu avec la technologie et le perfectionnement de la thérapie. Même en cas d’échec de la médication, l’adoption demeure une solution. Il m’a confié sur un ton peiné son amour pour sa conjointe, le bonheur qu’elle lui a apporté et son empreinte, ses qualités qui font d’elle une femme distincte et qu’il n’a pas trouvé avec elle aucune contrainte. Antoine n’a pas arrêté de cingler les surprises du destin, sa vicissitude et son apport du chagrin, qui maudit tous les humains, jette les sorts et obscurcit les chemins. On doit subir et combattre et goûter de cette vie saumâtre aux habits folâtres. J’ai demandé aux personnels du laboratoire de réaliser les examens dans un climat ordinaire et serein. Cependant, lorsque les résultats apparaissent, j’ai douté de leur justesse et je les ai dissimilé en vitesse, soupçonnant ainsi des fautes et une maladresse, déconcertant ainsi ma confiance vis-à-vis mes hommes et leur performance, des professionnels exercés, et dans le maintien de la crédibilité du service ils se sont dévoués. De prime abord, j’ai pensé que les techniciens ont eu tort. Pour éviter un grand dédale, je me suis efforcé à chercher l’issue idéale. J’ai caché ces résultats incertains et j’ai sollicité cordialement mon copain de refaire l’épreuve sous le prétexte que j’ai été défectif et que la seconde fois je serai plus attentif. Il n’a pas contesté mais une vague de stupéfaction l’a submergé. Il connait ma méticulosité dans l’exercice de mon travail et l’appréhension a commencé à le paniquer comme un épouvantail. J’ai assisté personnellement aux analyses avec tant de vigilance et sans aucune bêtise. Le diagnostic n’est plus aberrant et le pronostic est désormais évident. Le résultat du spermogramme est suffisant et il n’est pas nécessaire de continuer l’exploration. Les examens cliniques mènent à une exégèse unique. Le dosage des hormones a montré que les cycles de la femme étaient réguliers et l’échographie a confirmé que sa physiologie et son anatomie sont propices pour procréer. Quant à son homme infortuné, il porte une pathologie aiguisée. Le bilan spermatique a montré qu’il souffre d’une oligo-asthéno-tératospermie extrême qui touche les bourgeois et les bohèmes et renverse leur vie mondaine en rouge géhenne. Ils n’ont aucun avenir, ne voient jamais leurs enfants grandir,  et, sous le poids de la déconfiture, ils sentent leurs vie flétrir, sans aucun épigone, sans aucun futur. La nouvelle m’a atrocement choqué et la situation de mon ami m’a inquiété. Quel terrible coup de poignard ! Quelle vérité empoisonnée avec du curare ! Un branle monstrueux m’a recouru de la tête aux pieds. La problématique ne s’arrête pas là, mais elle soulève des nouveaux tracas et m’a mis dans un véritable embarras. Les professionnels ne se sont pas trompés la première fois et les soupçons ont trahi ma foi. On n’est pas sortis de l’auberge, ce qui m’a révulsé la raison et éteint ma cierge. Le père souffre d’une infertilité primaire et ne peut jamais enfanter sur la terre. Oh ! Le pauvre hère ! C’est la galère ! Julien n’est pas son fils et la situation n’est plus claire. Les embrouilles se compliquent, la préoccupation n’est plus légère. Julien est un enfant adultérin. Sa maman est une affreuse putain. La nouvelle m’a fait tressaillir et agiter dans mon intérieur une hallucination folle et impure. Une telle femme aussi vénérable, digne de révérence et qui semble aimer son époux fait de son absence une belle occasion pour s’adonner au charme obscène, au désir charnel et à la perversion. Peut-être qu’elle l’a trahi une seule fois dans la vie, mais ce péché est particulier. Il a donné naissance à un fils injuste et miséreux. Ailleurs, la félonne d’un jour est une félonne pour toujours. Elle est maitresse à l’école et maitresse dans le monde épicurien et les cachettes de la jouissance. Lors d’une séance d’adultère, elle est tombée enceinte de Julien et elle a réussi à mystifier mon ami que c’était son enfant. Quelle ignoble mise en scène ! Je connais Antoine plus même que je me connais. La nouvelle ne sera jamais la bienvenue dans ses oreilles. Il sera fou de rage, courroux comme un diable encorné ou plutôt un orage. Bien qu’il soit souvent sage, rien ne l’empêchera du carnage.  Il a la mine flegmatique des moines et des sanctuaires mais l’autre face de revers s’avère horrible et sanguinaire. Il lui pardonnera l’infidélité, peut-être, mais jamais sa dissimulation.  Il ne cessera pas d’intercepter la vérité jusqu’à la chasse du scandale. Il arborera alors ses canines et son visage vandale. Il demandera assurément un test de paternité qui justifiera mes constatations infaillibles et génèrera la belligérance irrésistible. La confiance aveugle qu’il nourrit à sa femme a peut-être éparpillé son attention, mais plus maintenant. Selon ses convictions, c’est une grosse atteinte à sa dignité et à celle du nid conjugal qu’il dépeint d’une allure sacrée. C’est un acte avilissant qui requiert l’inéluctable sanction. Néanmoins, il ne faut pas porter une réprobation sévère à l’égard de la pauvre. Chaque être humain mérite d’être absous, enfin, après la confession. Peut-être qu’elle s’est trompée auparavant dans un instant de démangeaison avec une tête dispensée de réflexion et qu’elle a vite fait de revenir à la droiture et la raison. Après tout, qui sait ? Qui peut la culpabiliser ou l’innocenter ? Reformulons les quelques données enchevêtrées qu’on a : La femme a eu son enfant après son mariage d’un homme stérile, donc elle l’a eu d’un autre homme qu’elle a couché avec. Depuis, elle n’a pas eu aucun descendant et elle vient avec son mari voir un praticien pour chercher un remède. N’a-t-elle pas peur de la découverte de la réalité ?  Ah ! J’ai oublié une chose ! Elle ne sait pas à propos de l’infécondité de son mari. C’est possible qu’elle croit elle-même que Julien est son fils légitime. Quant-à mon rôle en tant que responsable, et en défendant l’authenticité de mon travail, je dois fournir les résultats tels qu’ils sont au gynécologue et c’est à lui de leur dire ça. C’est mon devoir et c’est ma raison d’être là. Je suis un salarié et je n’ai rien à perdre si je communique les résultats des analyses. Toutefois, il faut voir la question de tous les cotés. Le danger frémisse dans un air irrespirable et la menace risque d’avoir des dégâts irréparables. On est soumis au code de la déontologie médicale. Sur nos têtes, celui-ci est un diadème impérial. On est censé à protéger nos patients, surtout dans les affaires sérieuses qui peuvent déboucher sur la déstabilisation d’un couple aussi merveilleux, qui jouit d’une félicité s’étendant sur sept longues années. Ethiquement, j’ai intérêt à défendre la patiente même au dépend de mon pote. La dénoncer d’une manière aussi exécrable n’est pas conforme à mes principes en tant qu’un homme de confiance. Si je prouve à mon ami que sa femme est une prostituée, il n’hésite point à demander le divorce au premier tribunal qu’il trouve dans son chemin. La destinée sera fatale et le gamin payera pour les erreurs de ses parents quand il sera éjecté dans les ordures de la misère mettant fin à son beau rêve dans la continuité familiale qui se brisera d’un coup. Le ressac de cette réalité choquante lui fera l’ombre et il n’aura jamais autant de privilège comme ont souvent les bambins de son âge. Etre un fils illégitime et être élevé dans une famille trouble où le mensonge maquille les visages hypocrites le priveront sempiternellement de sa fierté. Il aura sans doute, comme un méprisable avorton, un désert affectif difficile à combler. D’ailleurs, la dépêche inondera le pays et se propagera dans tous les quartiers et ça sera l’insulte pour cette traitresse qui déshonore l’institution dans laquelle elle avait l’habitude d’enseigner les bonnes mœurs et les leçons de morale, et apprendre aux petits comment distinguer le bien du mal. Dans le but d’octroyer une bonne constitution, elle fait de ses disciples ce que fait des fleurs le printemps. Ainsi, en raison de notre grande amitié qui a grandit dans le bonheur d’un passé inoubliable, je dois soutenir mon pote en  témoignage de ma grande reconnaissance et gratitude. La nouvelle n’est qu’une arme à double tranchant et son effet inestimable branlera fort dans la psyché perplexe d’Antoine. Je ne sais pas à quel point l’humiliation atroce pourra faire de lui l’esclave d’un chagrin prolongé. Victime d’une supercherie, il sera annihilé comme la poussière au gré d’un vent orageux qui lui volera l’affection câline qu’il éprouve à son faux fils. La déloyauté subvertit les empires et détrône les rois. Alors, qu’est-ce qu’elle fera d’un minuscule mari qui a subit plus de déboires que de satisfaction ? Il n’aura aucun autre avenir que les brumes de l’alcool et le brouillard des cigarettes. Même s’il divorcera, il restera seul à jamais, esprit brisé, évoquant d’une acrimonie écrasante les ruines d’un passé malsain. Aucune femme n’a envie d’épouser un demi-homme, quelqu’un qui n’a ni un passé ni un futur, avec qui passer une vie dépouillée des fruits de l’hymen, ceux qui engendrent le bonheur sous le toit familial. Durant ces quelques années de peine, j’ai passé par plusieurs cas d’infertilité. Après leurs consultations auprès des médecins, les misérables couples viennent nous rendre visite avec un désespoir accablant qui flotte dans leurs regards affligés, mais accrochés encore à une mince espérance qui les escorte jusqu’à nos portes. Et après, ils rentrent chez eux et une flamme d’espoir prodigieuse naissant entre leurs douces paupières a failli leur aveugler le regard. Mais, holà dans ce cas ! Notre travail ne plaira guère à nos visiteurs. Ce n’est que la guerre !

Confus, rencontrant des à-coups de toute sorte, je suis resté le bec dans l’eau, cherchant une bonne conclusion pour cette intrigue qui m’a pénalisé ainsi que la grande imprécation. Désormais, je travaille sous pression et les coups de téléphone interminables ne cessent pas de m’agacer. Le gynécologue réclame le dossier du couple Blanc alors que l’impatience de ce dernier a atteint celle d’un cheval entravé. Je cache le secret tragique dans mon cœur harassé et je ne sais pas jusqu’à où je peux tenir le coup. Je défends l’intérêt du couple au détriment de mon âme épuisée. Un éclair de génie m’est au combien nécessaire surtout quand quelqu’un est pris par un flagrant délit d’adultère. Le fruit d’un clandestin est plus amer que le chicotin. Le ressac de cette affaire urgente retentit dans ma vie privée et appréhende ma femme qui m’interpelle vivement, mais sans réussite. Une large déréliction s’est emparée de mon esprit pour faire de lui un souffre-douleur. Je souffre d’insomnie, ce sont mes jours qui mangent mes nuits. L’ambiance chaotique de ce cas mystérieux m’a déshérité de ma sagesse, m’a plutôt hébété comme un ridicule connard. Faut-il être taciturne ou bavard ? Comment ramasser le courage et parler sans fard ? Gémir sous le faix de ce lourd arcane, plus dur que le chemin des savanes, me fait tuer à petit feu malice et m’expédie dans les gouffres et les précipices. Je ne sais pas pourquoi j’ai été mêlé à cette histoire et, coincé dans les toiles de mon devoir, je n’ai trouvé aucune échappatoire. Il est impératif de tempérer mes ardeurs et prendre mon temps avant d’agir et passer en action puisque la précipitation n’a comme prix que les remords et la lamentation.       

 

Par Achref Snoussi - Publié dans : nouvelles - Communauté : Actualité littéraire
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