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Blog Personnel d'Achref Snoussi
Articles récents

Pourquoi chercher dix clients quand vous pouvez en garder un ?

30 Janvier 2024 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Dans un stade de football, avez-vous déjà entendu un supporter dire :

« Heureusement que ce joueur coûte peu cher. Il fait économiser de l’argent à son club ! »

Jamais.

Le supporter ne regarde pas la fiche de paie du joueur.

Il regarde le terrain.

Il veut des buts, des passes décisives, des victoires, des trophées.

Si un joueur comme Cristiano Ronaldo reçoit un salaire considérable, la question essentielle pour le supporter n’est pas :

« Est-il le moins cher ? »

Mais :

« Quelle valeur apporte-t-il à son équipe ? »

Et cette logique dépasse largement le football.

Elle concerne directement le monde des affaires.

Ne cherchez pas à être le moins cher. Cherchez à être celui qui apporte le plus de valeur.

Car lorsqu’un client achète un produit ou un service, il ne cherche pas nécessairement le prix le plus bas.

Il cherche une combinaison entre prix, qualité, confiance, expérience, résultat et satisfaction.

Une entreprise peut vendre moins cher que tout le monde et pourtant perdre ses clients.

Une autre peut être plus chère et continuer à grandir parce que ses clients considèrent que la différence de prix est justifiée par la différence de valeur.

C’est une distinction fondamentale.

Le prix est ce que le client paie.

La valeur est ce qu’il pense recevoir en échange.

Et lorsqu’une entreprise comprend cette différence, elle cesse de mener une guerre permanente sur les prix.

Elle commence à construire une préférence.

Mais cela nous conduit à une autre question :

Pourquoi passer toute son énergie à chercher constamment de nouveaux clients ?

Un nouveau client ne tombe pas du ciel.

Il faut attirer son attention.

Lui faire connaître la marque.

Le convaincre.

Lui présenter le produit.

Répondre à ses objections.

Parfois lui offrir une promotion.

Payer de la publicité.

Investir dans les réseaux sociaux.

Créer du contenu.

Et même après tout cela, rien ne garantit qu’il achètera.

C’est pourquoi les entreprises parlent de Customer Acquisition Cost, le coût d’acquisition d’un client.

Obtenir une première vente peut demander beaucoup d'efforts.

Mais lorsqu'un client est satisfait, une partie de ce travail a déjà été accomplie.

Il connaît votre marque.

Il connaît votre produit.

Il vous fait déjà confiance.

Il n'est plus nécessaire de lui expliquer qui vous êtes depuis le début.

Et c'est ici que se trouve une idée commerciale extraordinairement simple :

La véritable victoire n'est pas toujours de vendre à dix personnes.
Elle peut être de vendre dix fois à la même personne.

Imaginez deux entreprises.

La première obtient dix clients qui achètent chacun une fois.

La seconde obtient un seul client qui achète dix fois.

En apparence, elles ont réalisé le même nombre de transactions.

Mais la seconde a peut-être construit quelque chose de beaucoup plus précieux :

Une relation.

Le client satisfait revient.

Puis il revient encore.

Il essaie un autre produit.

Il recommande la marque.

Il en parle à ses proches.

Il devient progressivement un client fidèle.

Et cette fidélité peut avoir une valeur considérable.

Voilà pourquoi la qualité n'est pas simplement une question de prestige.

Elle peut devenir une stratégie économique.

Un produit médiocre oblige l'entreprise à recommencer constamment son effort commercial.

Un excellent produit peut transformer le premier achat en deuxième achat, puis en troisième.

L'entreprise ne doit donc pas seulement chercher à gagner une vente. Elle doit chercher à mériter la suivante.

Et c'est ici que certains entrepreneurs commettent une erreur particulièrement dangereuse.

Ils regardent une grande entreprise et disent :

« Cette société réalise 100 millions de chiffre d'affaires par an. Si je prends seulement 1 % de son marché, je réaliserai 1 million. »

Sur une feuille de calcul, tout semble magnifique.

Dans la réalité, le problème est le mot :

1 %.

Un pour cent d'un marché peut représenter des milliers ou des millions de clients, des années de travail, une infrastructure considérable, des concurrents puissants et des budgets marketing gigantesques.

Le marché ne vous doit pas 1 %.

Vous devez le conquérir.

Et surtout, vous devez expliquer pourquoi ces clients quitteraient leurs habitudes actuelles pour venir chez vous.

C'est là qu'un véritable projet entrepreneurial commence.

Pas avec :

« Si je prends seulement 1 % du marché… »

Mais avec :

« Pourquoi quelqu'un me choisirait-il plutôt que tous ceux qui existent déjà ? »

Cette question est beaucoup plus difficile.

Mais elle est également beaucoup plus utile.

Car un marché de 100 millions n'est pas une invitation à prendre 1 %.

C'est une invitation à comprendre ce qui manque aux clients dans les 100 millions déjà réalisés par les autres.

Peut-être une meilleure qualité.

Un meilleur service.

Une expérience différente.

Une livraison plus rapide.

Une spécialisation.

Une confiance supérieure.

Une communauté.

Ou simplement une proposition que personne n'a encore parfaitement exécutée.

C'est ainsi qu'une entreprise peut passer de la compétition par le prix à la compétition par la valeur.

Et cette philosophie nous ramène au football.

Un grand joueur n'est pas apprécié parce qu'il coûte peu cher.

Il est apprécié parce que le club estime que ce qu'il apporte vaut ce qu'il coûte.

Une entreprise devrait chercher la même chose.

Ne demandez pas :

« Comment puis-je être moins cher que mon concurrent ? »

Demandez :

« Comment puis-je devenir suffisamment bon pour que mon prix cesse d'être la seule question ? »

Car le client peut accepter de payer davantage.

Ce qu'il accepte beaucoup moins facilement, c'est de payer davantage pour obtenir moins.

Le véritable objectif n'est donc pas de devenir l'entreprise qui attire le plus de clients à n'importe quel prix.

C'est de devenir l'entreprise dont les clients disent :

« Je pourrais acheter ailleurs, mais je préfère revenir ici. »

À ce moment-là, vous n'avez plus simplement vendu un produit.

Vous avez créé une habitude.

Vous n'avez plus seulement obtenu une transaction.

Vous avez obtenu une relation.

Et vous n'avez plus besoin de courir chaque jour derrière dix nouveaux clients.

Vous avez donné à un client une raison de revenir dix fois.

Voilà peut-être la différence entre une entreprise qui cherche simplement à vendre et une entreprise qui cherche réellement à durer :

La première cherche des clients ;
La seconde cherche à devenir irremplaçable pour les siens.

 

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Pourquoi faire payer le client deux fois ?

25 Janvier 2024 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Perdre de l’argent, c’est normal.

Mais perdre son argent et perdre ce que l’on était venu chercher avec cet argent, voilà le véritable problème.

Il existe des pertes que nous pouvons accepter.

Et il existe des pertes qui nous font perdre deux fois.

Imaginez un commerçant qui triche pour gagner davantage.

Il gagne peut-être quelques dollars supplémentaires.

Mais que vient-il de perdre ?

Son honnêteté.

Sa réputation.

La confiance de ses clients.

Et parfois même, à long terme, l’argent qu’il espérait gagner.

Il aura donc perdu deux fois :

Une première fois ses principes, une seconde fois le bénéfice qu’il poursuivait.

Cette logique dépasse largement le commerce.

Elle s’applique aussi à une autre expérience que nous vivons presque tous les jours :

Acheter.

Lorsque nous achetons quelque chose, nous ressentons déjà une petite douleur.

Les psychologues et les économistes comportementaux parlent de « Pain of Paying », la douleur du paiement.

Pourquoi ?

Parce qu’avant même de recevoir le produit, nous devons nous séparer de quelque chose que nous possédons déjà :

Notre argent.

Même lorsque la somme est raisonnable, il existe une petite rupture psychologique.

Je possède 100 dollars.

Je décide d’acheter quelque chose à 50 dollars.

Avant l'achat, j'ai 100.

Après l'achat, j'en ai 50.

Une partie de moi sait donc très bien qu'elle vient de perdre quelque chose.

Et cette sensation peut être plus visible lorsque nous sortons des billets de notre portefeuille.

Nous les voyons partir.

Nous les comptons.

Nous les donnons.

La transaction est physiquement présente.

Avec une carte bancaire ou un paiement mobile, l'expérience peut être différente.

Un geste.

Une notification.

Un chiffre qui change sur l'écran.

La transaction devient moins tangible.

C'est notamment l'une des raisons pour lesquelles la recherche sur le Pain of Paying s'intéresse à la différence entre les moyens de paiement et à leur influence sur le comportement de consommation.

Mais attention :

Cela ne signifie pas que la disparition du cash aurait pour unique objectif de pousser les consommateurs à dépenser davantage.

Les paiements électroniques répondent aussi à d'autres objectifs : rapidité, sécurité, traçabilité, commodité et réduction des coûts liés à la manipulation des espèces.

La question intéressante est ailleurs :

Si le client ressent déjà une douleur lorsqu'il paie, que se passe-t-il lorsque le produit qu'il reçoit ne vaut pas cette douleur ?

C'est là qu'apparaît la deuxième douleur.

La première est celle du paiement.

La seconde est celle de la déception.

Vous avez payé.

Vous avez attendu.

Vous avez imaginé.

Vous ouvrez enfin le produit…

Et vous découvrez qu'il est médiocre.

Le vêtement ne ressemble pas à la photo.

Le repas est décevant.

Le téléphone ne répond pas à vos attentes.

Le service est lent.

Le produit tombe rapidement en panne.

Et soudain, les 20, 50 ou 500 dollars que vous avez dépensés ne représentent plus simplement une somme d'argent.

Ils deviennent la preuve visible de votre déception.

Vous ne pensez plus :

« J'ai dépensé 50 dollars. »

Vous pensez :

« J'ai dépensé 50 dollars pour ça ? »

La différence est immense.

Le prix n'est alors plus seulement une question économique.

Il devient une question émotionnelle.

C'est pourquoi une entreprise qui réfléchit uniquement à la manière de réduire son prix peut parfois poser la mauvaise question.

Elle demande :

« Comment puis-je faire payer moins ? »

Alors qu'elle devrait parfois demander :

« Comment puis-je faire regretter moins ? »

Car le client accepte le prix avant d'acheter.

Il regarde le montant.

Il compare.

Il réfléchit.

Puis il prend une décision.

À cet instant, le débat sur le prix est, en grande partie, terminé.

Mais une nouvelle épreuve commence.

Le produit sera-t-il à la hauteur de la promesse ?

Va-t-il répondre au besoin du client ?

Va-t-il lui plaire ?

Va-t-il mériter une bonne évaluation ?

Le client reviendra-t-il ?

En parlera-t-il à sa famille ?

Le recommandera-t-il à ses amis ?

Voilà pourquoi la qualité ne doit pas être considérée comme une dépense supplémentaire destinée uniquement à embellir le produit.

Elle est une partie du mécanisme commercial lui-même.

Un client satisfait ne vous donne pas seulement son argent.

Il peut vous donner quelque chose de beaucoup plus précieux :

Sa prochaine commande.

Et parfois même :

Les commandes de ceux à qui il parlera de vous.

À l'inverse, un client déçu ne perd pas seulement l'envie de revenir.

Il peut aussi transmettre sa déception.

C'est pourquoi la véritable valeur d'une vente ne se mesure pas toujours à la transaction d'aujourd'hui.

Elle se mesure également à ce qu'elle rend possible demain.

Une entreprise peut donc choisir deux chemins.

Le premier consiste à réduire continuellement le prix pour convaincre davantage de personnes d'acheter.

Le second consiste à améliorer continuellement la qualité pour donner aux personnes qui achètent une raison de revenir.

Le premier peut attirer.

Le second peut fidéliser.

Et une entreprise qui ne cherche qu'à attirer de nouveaux clients risque de devoir recommencer son travail chaque matin.

Une entreprise qui crée suffisamment de satisfaction peut transformer une transaction en relation.

C'est ici que le parallèle avec la vie devient intéressant.

Nous perdons tous.

Nous échouons tous.

Nous dépensons tous de l'argent pour des choses qui, parfois, ne répondent pas à nos attentes.

La perte est donc une partie normale de l'existence.

Mais perdre deux fois est rarement nécessaire.

Si vous avez perdu de l'argent, tirez-en une leçon.

Si vous avez échoué, gagnez de l'expérience.

Si vous avez fait confiance à la mauvaise personne, apprenez à mieux choisir.

Mais ne transformez pas une première perte en seconde perte en refusant d'apprendre.

Et pour une entreprise, la même règle s'applique.

Le client a déjà accepté la première douleur :

Celle de vous donner son argent.

Ne lui imposez pas la seconde :

Celle de regretter de vous l'avoir donné.

Car au fond, un bon produit ne supprime pas la douleur de payer.

Il fait quelque chose de plus important :

Il donne au client le sentiment que cette douleur en valait la peine.

Voilà pourquoi la question n'est peut-être pas :

« Comment vendre moins cher ? »

Mais plutôt :

« Comment faire en sorte que le client soit heureux d'avoir payé ? »

Le prix décide souvent si le client entre.

La qualité décide s'il revient.

Et la confiance décide s'il vous recommande.

Ne cherchez donc pas seulement à faire payer le client une seule fois.
Faites en sorte qu'après avoir payé, il ne regrette jamais de vous avoir choisi.

 

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Et si le véritable danger pour une entreprise n’était pas d’échouer, mais de réussir trop longtemps ?

16 Janvier 2024 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Nous sommes plus de huit milliards d’êtres humains sur cette planète.

Le monde n’a pas forcément besoin de davantage de personnes.

Il a besoin de davantage de personnes capables d’apporter quelque chose de différent.

Et il en va de même pour les produits.

Les marchés sont déjà remplis de téléphones, de vêtements, de restaurants, de voitures, de boissons, d’applications et de services.

Alors, faut-il encore inventer quelque chose que personne n’a jamais vu ?

Ou existe-t-il une autre manière de créer de la valeur ?

Peut-être la plus simple :

Ne pas toujours chercher à inventer un nouveau monde ; parfois, il suffit d’améliorer celui qui existe déjà.

Inventer quelque chose de totalement nouveau est une aventure extraordinaire.

Mais c’est aussi une aventure longue, incertaine et coûteuse.

Lorsque l’électricité a commencé à entrer dans les villes, elle n’a pas immédiatement été accueillie comme une évidence. Une technologie nouvelle bouleverse les habitudes avant de devenir une habitude elle-même.

Nous retrouvons aujourd’hui certaines réactions face aux nouvelles technologies alimentaires, comme la viande cultivée en laboratoire. Certains consommateurs s’interrogent sur sa sécurité, son goût, son impact environnemental ou ses conséquences à long terme.

Que deviendra cette technologie dans trente ou cinquante ans ?

Personne ne peut le savoir avec certitude.

Peut-être restera-t-elle marginale. Peut-être deviendra-t-elle courante. Peut-être même que les normes alimentaires et les habitudes de consommation évolueront profondément.

L’histoire nous rappelle simplement une chose :

Ce qui paraît étrange aujourd’hui peut devenir banal demain.

Mais lorsqu’on entreprend, on n’a pas toujours besoin d’attendre cinquante ans pour créer de la valeur.

Il existe une autre stratégie.

Prendre quelque chose que les gens connaissent déjà et le rendre meilleur.

Pourquoi est-elle si puissante ?

Parce que vous ne demandez pas au client de changer complètement son comportement.

Il connaît déjà le produit.

Il connaît déjà son utilité.

Il sait déjà comment l’utiliser.

Vous lui proposez simplement une raison de préférer votre version.

C’est ainsi que l’innovation peut parfois être moins spectaculaire qu’une invention révolutionnaire.

Une meilleure expérience.

Une meilleure qualité.

Une meilleure interface.

Une meilleure livraison.

Un meilleur emballage.

Une durée de vie plus longue.

Un service plus rapide.

Une technologie plus simple.

L’innovation n’est pas toujours une rupture. Elle peut être une amélioration suffisamment importante pour modifier une habitude sans obliger l’utilisateur à en abandonner une.

Et c’est ici que la phrase attribuée à Bob Dylan prend une dimension intéressante :

« Celui qui ne s’affaire pas à naître s’affaire à mourir. »

La formule est belle, mais sa véritable puissance apparaît lorsqu’on comprend que la « naissance » n’est pas seulement le jour où une entreprise est créée.

Une entreprise peut naître en 2004…

Puis mourir intellectuellement en 2008…

Tout en continuant juridiquement d’exister.

Elle peut avoir des employés, des bâtiments, des clients, des bénéfices et une marque connue.

Mais si elle ne se renouvelle plus, elle commence déjà à vieillir.

Regardez Facebook.

La plateforme de 2004 n’est pas celle de 2014.

Et celle de 2014 n’est pas celle d’aujourd’hui.

Le produit a changé parce que les utilisateurs ont changé, parce que les technologies ont changé, parce que les concurrents ont changé et parce que les attentes ont changé.

Une entreprise qui veut rester jeune doit accepter de modifier régulièrement ce qui a fait son succès.

C’est l’un des grands paradoxes du monde économique :

Ce qui vous a rendu célèbre peut devenir ce qui vous empêche d’évoluer.

Kodak en offre un exemple particulièrement instructif.

L’entreprise était l’un des géants historiques de la photographie. Et pourtant, la photographie numérique a profondément transformé son industrie.

L’ironie de l’histoire est que Kodak avait elle-même développé très tôt une technologie d’appareil photo numérique.

Le problème n’était donc pas simplement de savoir inventer.

Il fallait aussi savoir accepter les conséquences de l’invention.

Nokia illustre une autre dimension du même phénomène.

La marque possédait une immense expérience dans la téléphonie mobile et une position dominante sur le marché mondial. Mais l’arrivée des smartphones a déplacé la compétition : il ne s’agissait plus seulement de fabriquer un téléphone solide et fiable, mais de construire tout un écosystème logiciel et applicatif.

La qualité du produit précédent ne garantit jamais la pertinence du produit suivant.

Le marché ne récompense pas votre passé. Il récompense votre capacité à répondre au présent.

Et pourtant, il serait injuste de transformer ces histoires en une opposition simpliste entre « entreprises qui innovent » et « entreprises qui n’innovent pas ».

Certaines entreprises évoluent précisément parce qu’elles savent renouveler leurs activités, leurs structures et leurs produits.

HP, par exemple, a traversé plusieurs transformations majeures au cours de son histoire, notamment dans l’informatique, l’impression et les services technologiques.

Mais même une entreprise qui se renouvelle doit constamment réévaluer ses choix.

Car l’innovation comporte elle aussi un danger.

Facebook, devenu Meta, a consacré des investissements considérables à sa vision du métavers. Le projet a entraîné des dépenses massives et des pertes importantes dans cette activité.

Cela nous enseigne quelque chose d’essentiel :

Ne pas évoluer est dangereux, mais évoluer dans la mauvaise direction peut l’être aussi.

L’innovation n’est donc pas une course à la nouveauté.

C’est une recherche permanente de pertinence.

Il faut parfois inventer.

Il faut parfois améliorer.

Et surtout, il faut savoir quand faire l’un ou l’autre.

Le problème n’est pas de vendre aujourd’hui un excellent produit.

Le véritable problème est de croire qu’il sera encore excellent demain simplement parce qu’il l’est aujourd’hui.

Même une marque aussi ancienne que Coca-Cola ou un produit aussi simple que le stylo Bic peuvent traverser les décennies grâce à une combinaison de notoriété, d’habitudes de consommation, de distribution, de marque et d’adaptations progressives.

Cela ne signifie pas qu’ils n’ont jamais évolué.

Au contraire.

La longévité apparente d’un produit peut parfois cacher une multitude de petites adaptations invisibles au consommateur.

La véritable stabilité n’est donc pas l’absence de changement.
C’est la capacité à changer suffisamment pour rester pertinent.

Il en va de même pour l'être humain.

Vous pouvez obtenir un diplôme.

Mais votre apprentissage ne doit pas s’arrêter avec le diplôme.

Vous pouvez obtenir un emploi.

Mais votre développement ne doit pas s’arrêter avec votre premier salaire.

Vous pouvez construire une entreprise.

Mais sa création ne doit pas être son dernier grand effort.

Vous pouvez devenir excellent.

Mais cette excellence ne doit pas devenir une excuse pour ne plus apprendre.

Car le monde continue de changer pendant que nous nous reposons sur nos acquis.

C’est pourquoi l’argent consacré à la recherche, au développement, à l’amélioration des produits et à la formation n’est pas nécessairement une dépense inutile.

Il peut être considéré comme une promesse faite au client :

« Vous nous avez fait confiance aujourd’hui. Nous travaillerons pour mériter encore votre confiance demain. »

Le client n’achète donc pas seulement un produit.

Il achète aussi, parfois sans le savoir, une espérance :

que la marque qu’il choisit continuera à évoluer avec lui.

C’est un contrat silencieux.

Vous me donnez votre confiance aujourd’hui.

Je vous promets de ne pas considérer cette confiance comme acquise pour toujours.

Et peut-être est-ce là la véritable définition de l’innovation.

Pas forcément créer quelque chose que personne n’a jamais imaginé.

Mais refuser de considérer comme définitif ce qui fonctionne aujourd’hui.

Une personne doit se renouveler.

Une entreprise doit se renouveler.

Une institution doit se renouveler.

Une société doit se renouveler.

Car tout ce qui cesse d’apprendre commence progressivement à vieillir.

On peut mourir sans disparaître.

Une entreprise peut continuer d’exister sur le papier tout en ayant cessé de comprendre son époque.

Un individu peut continuer à vivre tout en ayant cessé de grandir.

Alors retenons cette règle simple :

Ne vous contentez jamais de demander : « Est-ce que cela fonctionne ? »

Demandez plutôt :

« Comment pourrais-je faire en sorte que cela fonctionne encore mieux demain ? »

Car le monde n’attend pas nécessairement une nouvelle invention.

Il attend parfois simplement quelqu’un qui regarde une chose ancienne et ose dire :

« Nous pouvons faire mieux. »

Et c’est peut-être cela, au fond, naître chaque jour un peu de nouveau.

Car celui qui ne se renouvelle pas ne reste pas immobile : il commence déjà à appartenir au passé.

 

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Et si le véritable pouvoir du client était de pouvoir partir ?

27 Décembre 2023 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Que se passe-t-il lorsqu’une entreprise sait que, quoi qu’elle fasse, vous n’avez nulle part où aller ?

La question paraît simple. Pourtant, elle touche à l’un des mécanismes les plus puissants de l’économie : la concurrence.

Prenons un exemple concret : le marché saoudien.

Dans de nombreux secteurs, le consommateur n’a pas une seule porte devant lui, mais plusieurs.

Dans les télécommunications, il peut comparer STC, Mobily et Zain.

Dans le transport aérien, il trouve notamment Saudia, Riyadh Air et flyadeal.

Dans les solutions de paiement, plusieurs acteurs cherchent à attirer les mêmes utilisateurs.

Dans le paiement fractionné, Tabby et Tamara se disputent les mêmes clients.

Dans la livraison de repas, HungerStation et Jahez proposent des alternatives.

Pour les déplacements urbains, plusieurs plateformes comme Uber, Careem et Bolt se retrouvent en concurrence.
Dans la distribution et la pharmacie également, plusieurs enseignes cherchent à attirer le consommateur.

Pourquoi cette diversité est-elle importante ?

Parce qu’une entreprise ne se bat pas seulement pour vendre.

Elle se bat pour ne pas perdre son client.

Et c’est là que la concurrence change complètement les règles du jeu.

Imaginez un restaurant dans lequel vous n’auriez absolument aucune alternative. Le prix augmente ? Vous payez. Le service se dégrade ? Vous revenez quand même. L’attente devient interminable ? Vous attendez.

Pourquoi l’entreprise ferait-elle de grands efforts pour vous convaincre de rester si elle sait que vous n’avez aucun autre choix ?

À l’inverse, lorsqu’un concurrent se trouve à quelques rues, le comportement change.

Le prix devient un argument.

La qualité devient un argument.

La rapidité devient un argument.

Le service après-vente devient un argument.

La fidélité du client devient un enjeu.

Chaque entreprise regarde alors son voisin et se demande :

« Pourquoi le client viendrait-il chez lui plutôt que chez moi ? »

Et, sans même que le client le demande, cette question pousse les entreprises à améliorer leur offre.

C’est l’un des paradoxes les plus intéressants du marché :

La concurrence entre les entreprises crée un bénéfice pour quelqu’un qui ne produit rien : le consommateur.

Le client devient le prix à gagner.

Plusieurs entreprises veulent la même personne. Elles cherchent donc à lui proposer une meilleure combinaison de prix, de qualité, de rapidité, de confort ou de service.

Mais il faut comprendre une chose essentielle : la concurrence n’est pas simplement le fait d’avoir plusieurs logos sur un panneau.

Pour qu’elle fonctionne réellement, il faut que le consommateur puisse comparer, changer de fournisseur et exercer son choix. Il faut aussi que les règles du marché empêchent les pratiques qui éliminent artificiellement les concurrents.

Autrement dit, ce n’est pas le nombre d’entreprises qui compte uniquement.

C’est la possibilité réelle de dire :

« Si vous ne me convenez plus, je peux aller ailleurs. »

Cette possibilité paraît banale.

En réalité, elle constitue une forme de pouvoir économique.

Le pouvoir du client ne vient pas seulement de son argent.

Il vient de sa capacité à retirer son argent.

Et c’est précisément cette menace silencieuse qui oblige parfois une entreprise à faire davantage d’efforts.

On comprend alors pourquoi certaines situations de monopole ou de concurrence très faible peuvent poser problème. Lorsqu’un consommateur dispose de très peu d’alternatives, son pouvoir de négociation peut diminuer. Et lorsqu’il est pratiquement impossible de changer de fournisseur, l’entreprise peut avoir moins de pression concurrentielle pour réduire ses prix ou améliorer son service.

Mais là encore, il faut éviter une simplification.

Un monopole n’est pas automatiquement synonyme de mauvais service, et plusieurs entreprises ne garantissent pas automatiquement une concurrence parfaite. Certains secteurs nécessitent des investissements énormes, certaines infrastructures sont difficiles à dupliquer et certaines activités sont naturellement concentrées entre quelques acteurs.

La véritable question est donc ailleurs :

Le consommateur dispose-t-il d’un choix réel et suffisamment efficace pour que les entreprises aient intérêt à le satisfaire ?

C’est peut-être cela, au fond, la véritable force de la concurrence.

Elle ne demande pas à l’entreprise d’être généreuse.

Elle lui demande simplement de comprendre une réalité :

son client peut partir.

Et parfois, la meilleure protection du portefeuille du consommateur n’est pas une promesse faite par une entreprise.

C’est l’existence d’une autre entreprise prête à lui ouvrir sa porte.

Alors, lorsque vous voyez plusieurs sociétés se battre pour votre attention, ne regardez pas seulement leurs publicités.

Regardez ce qu’elles font de cette concurrence.

Car derrière chaque réduction, chaque amélioration de service et chaque nouvelle innovation se trouve souvent la même question :

« Que devons-nous faire pour que le client nous choisisse, alors qu’il peut choisir quelqu’un d’autre ? »

Et c’est peut-être là que se trouve la véritable force du marché.

La concurrence ne protège pas nécessairement le client parce que les entreprises sont parfaites.
Elle le protège parce qu’elles savent qu’il peut partir.

 

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Pourquoi recommencer à zéro quand quelqu’un vous a déjà ouvert la porte ?

23 Décembre 2023 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Nous avons été éduqués à croire que, pour réussir, il faut partir de zéro.

Trouver sa propre idée.

Créer son propre nom.

Construire sa propre réputation.

Trouver son propre marché.

Et surtout, ne dépendre de personne.

C’est une belle philosophie.

Mais est-elle toujours efficace ?

Car dans la vie, le plus difficile n’est pas nécessairement de courir vite.

C’est de commencer la course.

Imaginez une course de relais.

Le premier coureur part avec le témoin.

Il court.

Puis il le transmet au deuxième.

Le deuxième ne revient pas sur la ligne de départ pour recommencer la course.

Il reçoit le témoin là où le premier l’a amené.

Puis il avance.

C’est peut-être une excellente métaphore de la réussite.

Nous ne sommes pas toujours obligés de recommencer là où nos prédécesseurs ont commencé.

Une famille qui a construit une réputation dans un domaine possède déjà quelque chose d’extrêmement précieux :

la confiance.

Et la confiance est un capital.

Imaginez deux entrepreneurs qui veulent ouvrir exactement la même entreprise.

Le premier est totalement inconnu.

Personne ne connaît son nom.

Personne ne connaît son travail.

Personne ne sait s’il tiendra ses promesses.

Le second porte un nom associé depuis trente ans à ce même métier.

Ses fournisseurs le connaissent.

Ses clients connaissent sa famille.

Son entourage connaît son savoir-faire.

Lorsqu’il entre sur le marché, il ne commence donc pas exactement au même endroit que le premier.

Il a reçu un témoin.

Et ce témoin s’appelle :

La réputation.

C’est pourquoi de nombreuses grandes entreprises sont devenues des entreprises familiales.

Une génération crée.

La suivante améliore.

La suivante développe.

Et parfois, plusieurs générations transforment une petite activité en une véritable institution.

Ce principe ne signifie évidemment pas qu’un enfant doit obligatoirement exercer le même métier que son père.

Il signifie quelque chose de plus subtil :

Lorsqu’un avantage existe déjà, il peut être rationnel de construire dessus.

Si votre famille possède une longue expérience dans la finance, il sera probablement plus facile de comprendre ce secteur, d’y trouver des contacts et d’y construire une réputation que si vous décidez soudainement de lancer une entreprise spatiale sans aucune expérience.

Si votre famille possède une expertise reconnue dans la mode, il peut être plus naturel de développer cette réputation dans l’habillement, le design ou le luxe que de partir brutalement vers un secteur technologique dont vous ne connaissez rien.

Le principe n’est pas :

« Faites ce que votre famille a toujours fait. »

Le principe est :

« Ne gaspillez pas inutilement ce que votre famille a déjà construit. »

La différence est immense.

Car chaque génération peut ajouter quelque chose au témoin qu’elle reçoit.

Le père transmet son expérience.

Le fils apporte la technologie.

La fille apporte une nouvelle vision du marché.

Le petit-fils apporte une nouvelle stratégie internationale.

Le nom reste.

Mais le contenu évolue.

C’est ainsi qu’un héritage peut devenir une plateforme plutôt qu’une prison.

Et ce principe ne concerne pas seulement les familles.

Il concerne aussi les lieux.

Pourquoi certaines villes ou certaines régions deviennent-elles associées à certains produits ?

Parce que la réputation se construit avec le temps.

Prenons un exemple simple.

Si vous maîtrisez parfaitement la production de dattes et que vous décidez de créer une marque de dattes, vous pourriez choisir de vous installer dans un environnement déjà reconnu pour cette activité.

Pourquoi ?

Parce que le consommateur possède déjà une représentation mentale du lieu.

Il associe ce territoire à un savoir-faire, à une tradition ou à une qualité particulière.

Le produit n’arrive donc pas seul sur le marché.

Il arrive accompagné d’une histoire.

La même logique existe avec certains territoires associés à l’huile d’olive, au textile, à la parfumerie, au vin, au fromage, à la mode ou au luxe.

L’Italie possède une réputation internationale dans de nombreux domaines de la mode et du design.

La France bénéficie d’un capital historique considérable dans plusieurs secteurs du luxe.

L’Inde a développé une forte concentration de compétences dans les technologies de l’information.

Le Brésil et l’Argentine possèdent une immense tradition footballistique.

La Chine est devenue une puissance industrielle majeure.

Mais il faut comprendre ce qui se cache derrière ces réputations.

Elles ne sont pas magiques.

Elles sont le résultat de décennies de travail, de compétences accumulées, d’entreprises, de travailleurs, de fournisseurs, d’institutions, de réseaux et de générations successives.

La réputation d’un territoire est elle-même un capital accumulé.

Et lorsque vous entrez dans un marché où cette réputation existe déjà, vous n’avez pas nécessairement besoin de convaincre le monde entier de l’existence de ce marché.

Vous devez seulement convaincre le client que vous méritez votre place à l’intérieur de celui-ci.

C’est une différence énorme.

Elle apparaît également dans le commerce de proximité.

Supposons que vous souhaitiez ouvrir un restaurant.

Vous avez deux possibilités.

Vous pouvez choisir une rue où personne ne vient chercher de nourriture.

Ou vous pouvez choisir une rue déjà connue pour ses restaurants.

Dans le deuxième cas, vous aurez des concurrents.

Et cela peut vous faire peur.

Mais regardons le problème autrement.

Lorsque les gens viennent déjà dans cette rue pour manger, vous n’avez plus besoin de leur expliquer pourquoi ils devraient se rendre dans cette rue.

Le marché est déjà là.

Les clients savent déjà où aller.

La circulation existe.

Les habitudes existent.

Les fournisseurs connaissent la zone.

Les autres commerces attirent également du passage.

Votre problème n’est donc plus :

« Comment faire connaître cet endroit ? »

Votre problème devient :

« Comment faire en sorte que le client choisisse mon établissement parmi les autres ? »

Et ce deuxième problème est souvent beaucoup plus simple.

Voilà pourquoi il ne faut pas toujours avoir peur de la concurrence.

Parfois, la concurrence est la preuve que le marché existe déjà.

Une rue remplie de restaurants vous dit quelque chose.

Elle vous dit :

« Ici, les gens viennent manger. »

Une rue sans aucun restaurant ne vous dit pas :

« Vous serez le premier et donc le plus grand. »

Elle peut simplement vous dire :

« Personne n’a encore réussi à créer cette habitude ici. »

Et créer une habitude collective peut prendre des années.

Parfois même des décennies.

C’est là que beaucoup d’entrepreneurs commettent une erreur.

Ils veulent être les premiers partout.

Mais être le premier signifie souvent devoir faire deux métiers à la fois :

Vendre son produit et construire le marché.

Alors que celui qui entre dans un marché déjà établi peut consacrer l’essentiel de son énergie à son propre produit.

Il ne construit pas toute la route.

Il apprend simplement à mieux conduire dessus.

Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il faut copier les autres, s’installer n’importe où parce qu’un secteur y est populaire ou croire qu’une réputation géographique garantit la qualité d’un produit.

La réputation ouvre une porte.

Elle ne franchit pas la porte à votre place.

Un mauvais produit finira par détruire une bonne réputation.

Une entreprise familiale mal gérée peut perdre en quelques années ce que trois générations ont construit.

Et un commerçant peut s’installer dans la meilleure rue du monde sans réussir s’il n’apporte aucune valeur réelle.

L’héritage est donc un avantage.

Pas une garantie.

La réputation est un capital.

Mais comme tout capital, elle peut être investi intelligemment ou gaspillé.

Alors, avant de demander :

« Comment puis-je construire quelque chose à partir de rien ? »

Posez-vous une autre question :

« Qu’est-ce qui existe déjà autour de moi et que je pourrais amplifier ? »

Peut-être un nom.

Une compétence.

Une clientèle.

Un réseau.

Une localisation.

Une tradition.

Une réputation.

Une expérience.

Une relation.

Ou simplement une porte que quelqu’un avant vous a déjà réussi à ouvrir.

Parce que dans une course de relais, le deuxième coureur n’a pas honte de recevoir le témoin.

Au contraire.

Il sait que son rôle n’est pas de recommencer la course.
Son rôle est d’aller plus loin avec ce qu’on lui a transmis.

La véritable réussite n’est donc peut-être pas de partir de zéro.

C’est de savoir reconnaître où les autres se sont arrêtés, de prendre le témoin…

Et de courir plus loin.

 

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Et si le succès fabriquait le succès ?

12 Novembre 2023 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Nous imaginons souvent le succès comme une ligne d’arrivée.

Une personne travaille.

Elle devient excellente.

Elle réussit.

Puis tout s’arrête là.

Mais dans la réalité, le succès ne se comporte pas toujours comme une récompense.

Parfois, il devient une nouvelle ressource.

Une première victoire peut donner confiance.

La confiance peut augmenter les ambitions.

Les ambitions peuvent attirer les talents.

Les talents peuvent attirer les investissements.

Les investissements peuvent créer de meilleures institutions.

Les institutions peuvent produire davantage de talents.

Et ces nouveaux talents peuvent produire de nouvelles victoires.

C’est ainsi qu’un petit succès peut parfois devenir une énorme boule de neige.

Mais comment cette boule de neige commence-t-elle à rouler ?

Tout commence souvent par une chose invisible :

La croyance en ce qui est possible.

Pendant longtemps, courir le mile — environ 1,6 kilomètre — en moins de quatre minutes était considéré comme une barrière presque infranchissable pour l’être humain.

Puis, le 6 mai 1954, l’athlète britannique Roger Bannister réalisa ce que personne n’avait encore réussi à faire officiellement : il courut le mile en moins de quatre minutes.

Et quelque chose de remarquable se produisit ensuite.

Le record n’était plus une frontière imaginaire.

Il avait été franchi.

D’autres coureurs comprirent alors que cette performance n’appartenait plus au domaine de l’impossible.

Elle appartenait désormais au domaine du possible.

Dans les années qui suivirent, d’autres athlètes franchirent à leur tour cette barre mythique.

On parle parfois, pour décrire ce phénomène, de « Bannister Effect » : lorsqu’une personne démontre concrètement qu’une limite peut être dépassée, elle peut modifier les attentes des autres et rendre cette performance plus imaginable, puis plus accessible à ceux qui viennent après.

Le phénomène est profondément humain.

Avant de réaliser quelque chose, nous devons souvent pouvoir l’imaginer.

Et lorsqu’une personne semblable à nous y parvient, notre question change.

Nous ne demandons plus :

« Est-ce possible ? »

Nous demandons :

« Comment puis-je le faire à mon tour ? »

C’est là qu’intervient un autre concept : la prophétie autoréalisatrice, ou Self-Fulfilling Prophecy.

Une croyance peut influencer nos comportements.

Si une communauté commence à croire qu’elle peut produire des champions, elle peut investir davantage dans la formation, rechercher davantage de talents, créer davantage d’occasions de compétition et développer des institutions adaptées.

La croyance ne crée évidemment pas magiquement la performance.

Mais elle peut contribuer à créer l’environnement qui rend cette performance plus probable.

Et c’est ici que le succès commence à produire autre chose que du prestige.

Il produit des ressources.

C’est ce que les sciences sociales décrivent notamment à travers le concept d’avantage cumulatif, ou Cumulative Advantage, parfois associé à ce que l’on appelle l’effet Matthieu.

L’idée est simple :

Celui qui possède déjà un petit avantage peut, dans certaines conditions, devenir progressivement mieux placé pour en obtenir davantage.

Une première victoire apporte de la confiance.

La confiance attire l’attention.

L’attention attire les opportunités.

Les opportunités attirent les investissements.

Les investissements permettent de construire de meilleures infrastructures.

Ces infrastructures attirent de nouveaux talents.

Les nouveaux talents augmentent la concurrence.

La concurrence élève le niveau général.

Et les nouvelles réussites renforcent à leur tour la réputation du système.

La boucle recommence.

Succès → confiance → ambition → talents → investissement → institutions → expérience → nouveaux succès.

À ce stade, le succès n’est plus seulement le résultat d’un individu.

Il commence à devenir la propriété d'un écosystème.

Prenons la Jamaïque.

Il serait tentant de regarder les performances extraordinaires de ses sprinteurs et de conclure simplement :

« Les Jamaïcains sont naturellement doués pour le sprint. »

Mais cette explication est trop simple.

Une autre manière de regarder le phénomène consiste à observer ce qui s’est construit autour de l’athlétisme.

Les enfants peuvent être repérés très jeunes.

Les compétitions scolaires créent une culture de la performance.

Les entraîneurs accumulent de l’expérience.

Les écoles développent des programmes.

Les jeunes athlètes se confrontent régulièrement les uns aux autres.

Et les grandes compétitions scolaires, notamment les Champs, donnent à ces jeunes une scène sur laquelle leurs performances deviennent visibles.

Alors quelque chose d’intéressant se produit.

Le premier champion inspire le suivant.

Le suivant attire davantage l’attention.

Cette attention attire davantage de jeunes.

Davantage de jeunes signifie davantage de sélection.

Davantage de sélection augmente les chances de découvrir des talents exceptionnels.

Et les nouveaux champions renforcent encore l’image du pays dans cette discipline.

Le succès précédent contribue donc à créer les conditions du succès suivant.

Le champion ne naît pas seulement d’un système.
Parfois, le champion contribue lui-même à construire le système qui produira le champion suivant.

C’est le principe de la boule de neige.

Mais la boule de neige ne roule pas uniquement grâce aux individus.

Elle roule aussi grâce aux réseaux.

Imaginez maintenant un jeune ingénieur indien diplômé d’un grand institut technologique.

Il part travailler à l’étranger.

À première vue, son pays a perdu un talent.

C’est ce que l’on appelle traditionnellement le Brain Drain, la fuite des cerveaux.

Mais que se passe-t-il si ce premier ingénieur réussit ?

Il peut recruter un autre ingénieur de son pays.

Puis investir dans une jeune entreprise.

Puis recommander un ancien camarade.

Puis financer un projet.

Puis transmettre son expérience à de jeunes entrepreneurs.

Puis créer des liens entre son pays d’origine et son pays d’accueil.

Le cerveau qui était parti ne disparaît donc pas nécessairement du réseau.

Il peut devenir un nœud dans un réseau beaucoup plus vaste.

C’est ici qu’intervient la notion de Diaspora Networks, les réseaux de la diaspora.

L’émigration d’un individu peut représenter une perte directe de compétences pour son pays d’origine.

Mais lorsqu’une communauté de professionnels établit des liens durables avec son pays d’origine, elle peut également faciliter la circulation des connaissances, des capitaux, des contacts et des opportunités.

On passe alors d’une logique de :

« Nous avons perdu une personne »

à une logique beaucoup plus complexe :

« Nous avons peut-être gagné une connexion avec un réseau mondial. »

Et plus le réseau grandit, plus sa valeur potentielle augmente.

C’est ce qu’on appelle aussi un effet de réseau.

Un réseau avec dix personnes possède certaines possibilités.

Un réseau avec mille personnes peut en avoir beaucoup davantage, parce que les connexions possibles se multiplient.

Ajoutez-y des universités, des entreprises, des investisseurs, des chercheurs, des entraîneurs, des infrastructures et des institutions spécialisées.

Vous obtenez alors un phénomène encore plus puissant :

Le clustering, ou effet de concentration.

Lorsque les talents se concentrent au même endroit, ils ne font pas que travailler côte à côte.

Ils échangent des idées.

Ils se recommandent.

Ils se concurrencent.

Ils apprennent les uns des autres.

Ils attirent de nouveaux talents.

Et ils créent de nouvelles opportunités.

La Silicon Valley en est un exemple célèbre dans la technologie.

Un ingénieur attire une entreprise.

Une entreprise attire d’autres ingénieurs.

Les ingénieurs créent de nouvelles entreprises.

Les investisseurs viennent chercher ces nouvelles entreprises.

Les universités forment de nouveaux talents.

Les anciens employés deviennent à leur tour fondateurs, investisseurs ou mentors.

Le succès devient alors une infrastructure.

Et c’est peut-être la partie la plus fascinante de toute cette histoire.

Au départ, il faut un individu suffisamment exceptionnel pour déclencher quelque chose.

Mais à mesure que le système grandit, il n’est plus nécessaire que chaque nouvel individu soit aussi exceptionnel que le premier.

Le système lui-même aide à produire les conditions de l’excellence.

Voilà pourquoi nous devons faire attention lorsque nous expliquons la réussite d’une personne ou d’un pays uniquement par le talent.

Le talent compte.

Le travail compte.

La discipline compte.

Mais autour du talent existe quelque chose que nous oublions souvent :

L’écosystème.

Un enfant talentueux dans un environnement qui ne reconnaît jamais son talent peut rester invisible.

Le même enfant dans un environnement qui le repère, l'entraîne, le confronte à la compétition et lui donne accès à des mentors peut évoluer complètement différemment.

Alors, peut-être que la véritable question n’est pas :

« Pourquoi certains réussissent-ils ? »

Mais :

« Que faisons-nous de leurs premières réussites ? »

Est-ce qu’elles restent des anecdotes ?

Ou deviennent-elles des écoles ?

Des clubs ?

Des entreprises ?

Des réseaux ?

Des investissements ?

Des modèles pour la génération suivante ?

Car une victoire peut être consommée comme un trophée.

Ou elle peut être transformée en infrastructure pour les victoires futures.

C’est la différence entre un succès isolé et une culture du succès.

Le premier champion prouve que c’est possible.

Le deuxième montre que ce n’était pas un accident.

Le troisième commence à créer une tradition.

Puis vient le moment où la tradition devient une institution.

Et lorsque l’institution devient suffisamment forte, elle commence à produire elle-même de nouvelles réussites.

Le succès ne vient donc pas toujours seul.

Il peut apporter avec lui la confiance, les talents, les investissements, les réseaux, les institutions et les opportunités.

Et c’est ainsi qu’une petite étincelle peut devenir un incendie de possibilités.

Le véritable génie d’une société n’est peut-être pas de produire un génie.
C’est de construire un système capable de transformer le succès d’un génie en opportunité pour mille autres.

 

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Comment une petite île fabrique-t-elle autant de champions ?

27 Octobre 2023 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

La Jamaïque compte à peine quelques millions d’habitants.

Pourtant, lorsqu’un 100 mètres commence aux Jeux olympiques, il n’est pas rare de voir apparaître un Jamaïcain parmi les athlètes capables de courir plus vite que presque toute la planète.

Alors une question s’impose :

Comment une si petite île produit-elle autant de grands sprinteurs ?

La réponse n’est probablement pas simplement : « Parce que les Jamaïcains ont du talent. »

Le talent existe partout.

Ce qui est beaucoup plus rare, c’est un système capable de repérer le talent, de le confronter à la compétition et de lui donner progressivement les conditions nécessaires pour se développer.

En Jamaïque, cette histoire commence très tôt.

L’athlétisme fait partie de la culture scolaire dès l’enfance. Des compétitions primaires permettent déjà aux enfants de courir, de se mesurer aux autres et d’être observés par des entraîneurs. World Athletics rapporte par exemple le cas des jumelles Tia et Tina Clayton, repérées avant l’âge de dix ans lors d’une compétition nationale primaire dans la catégorie des moins de neuf ans.

Un autre exemple est celui de Michael Stephens, qui a commencé à s’intéresser sérieusement à l’athlétisme dès la deuxième année de primaire avant de poursuivre son parcours dans les compétitions scolaires jamaïcaines.

Et ce système produit une conséquence essentielle :

Le talent ne reste pas invisible.

Un enfant qui court vite n’est pas simplement « un enfant qui court vite ».

Il peut être repéré.

Il peut être entraîné.

Il peut participer à une compétition plus importante.

Il peut rencontrer un meilleur entraîneur.

Puis un autre.

Et, progressivement, son potentiel peut devenir une compétence.

Mais le véritable phénomène jamaïcain apparaît surtout lorsque l’enfant arrive au secondaire.

C’est là qu’intervient un mot presque mythique dans le pays :

Champs.

Les ISSA/GraceKennedy Boys’ and Girls’ Athletics Championships sont les grandes compétitions scolaires d’athlétisme de Jamaïque. Elles constituent depuis longtemps un véritable passage obligé pour les jeunes athlètes et ont vu passer certaines des plus grandes figures de l’athlétisme jamaïcain. Usain Bolt, Shelly-Ann Fraser-Pryce, Veronica Campbell-Brown et Elaine Thompson-Herah y ont notamment connu leurs premières grandes confrontations scolaires.

Imaginez la scène.

Vous êtes adolescent.

Vous représentez votre école.

Vous entrez dans le stade national de Kingston.

Et autour de vous, ce ne sont pas quelques parents venus regarder leur enfant.

Ce sont des milliers de personnes.

À son apogée, Champs pouvait remplir le National Stadium, dont la capacité est d’environ 30 000 spectateurs. L’événement était également diffusé en direct à la télévision nationale.

Des adolescents courent.

Des écoles s’affrontent.

Les anciens élèves viennent soutenir leur établissement.

Les entraîneurs observent.

Les médias commentent.

Les performances sont enregistrées.

Et certains jeunes comprennent alors quelque chose :

ce qu’ils faisaient hier dans la cour de l’école peut devenir leur avenir.

C’est cela qui est fascinant.

La Jamaïque ne se contente pas d’attendre qu’un champion apparaisse par hasard.

Elle a construit une succession d’étapes.

Découvrir.
Sélectionner.
Entraîner.
Faire concourir.

Observer.
Améliorer.
Recommencer.

Le champion de demain n’est donc pas découvert le jour où il monte sur le podium olympique.

Il peut être découvert des années auparavant, lorsqu’il court encore avec des enfants de son âge sur une piste scolaire.

Et c’est ici que se trouve peut-être la véritable leçon jamaïcaine.

Nous cherchons souvent les grands talents au mauvais endroit.

Nous attendons qu’un enfant devienne exceptionnel avant de nous intéresser à lui.

Mais comment pourrait-il devenir exceptionnel si personne ne lui donne l’occasion d’essayer ?

Un enfant qui n’a jamais couru ne sait pas nécessairement qu’il peut être rapide.

Un enfant qui n’a jamais dessiné ne sait pas nécessairement qu’il possède un talent artistique.

Un enfant qui n’a jamais construit ne sait pas nécessairement qu’il pourrait devenir ingénieur.

Le talent ne demande pas seulement à être découvert.

Il demande à être mis à l’épreuve.

C’est pourquoi les compétitions scolaires ont une importance particulière.

Elles transforment une capacité invisible en performance observable.

Et la performance permet à quelqu’un de dire :

« Attendez… cet enfant possède quelque chose. »

Mais il faut également comprendre une autre chose.

Tous les enfants qui courent vite à huit ans ne deviendront pas des champions olympiques.

La détection précoce n’est pas une prophétie.

Elle est simplement une première sélection.

Le reste dépend de nombreux facteurs : entraînement, encadrement, maturation physique, discipline, environnement, santé, motivation, opportunités et, bien sûr, une part de hasard.

La Jamaïque n’a donc pas inventé une machine capable de fabriquer des champions.

Elle a fait quelque chose de peut-être plus intelligent :

Elle a créé un environnement dans lequel les talents ont davantage de chances d’être vus.

Et lorsqu’un pays transforme une activité en culture, puis une culture en système, puis un système en parcours, quelque chose change.

Le champion n’est plus une anomalie.

Il devient la conséquence possible d’un processus.

Voilà pourquoi l’histoire de la Jamaïque dépasse largement le domaine de l’athlétisme.

Elle nous pose une question beaucoup plus universelle :

Combien de talents avons-nous autour de nous que personne n’a encore pris la peine de faire courir ?

Peut-être que le prochain grand scientifique est assis dans une classe où personne ne lui a encore donné un problème difficile.

Peut-être que le prochain entrepreneur est l’enfant que l’on trouve trop curieux.

Peut-être que le prochain artiste est celui qui remplit les marges de ses cahiers de dessins.

Peut-être que le futur champion n’a simplement jamais eu l’occasion d’entrer sur la piste.

La Jamaïque nous rappelle alors une vérité simple :

On ne fabrique pas le talent.

Mais on peut fabriquer les conditions dans lesquelles le talent a une chance d’apparaître.

Et parfois, la différence entre un enfant ordinaire et un futur champion n’est pas qu’ils soient nés avec des capacités totalement différentes.

C’est simplement que, quelque part, quelqu’un a regardé le premier courir et a dit :

« Fais-le courir encore une fois. Je crois qu’il y a quelque chose à voir. »

 

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Faut-il être Sherlock Holmes pour décoder notre monde ?

19 Octobre 2023 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Nous avons pris l’habitude de chercher l’intelligence chez les individus extraordinaires.

Nous admirons celui qui comprend plus vite, mémorise davantage, calcule mieux ou trouve seul une solution là où les autres échouent.

Mais si nous regardions la réussite autrement ?

Et si le véritable signe d’intelligence n’était pas seulement de savoir être brillant soi-même, mais de savoir s’entourer de personnes brillantes ?

Une phrase souvent répétée dans le monde professionnel dit :

« Si vous êtes la personne la plus intelligente de la pièce, vous êtes probablement dans la mauvaise pièce. »

L’idée est simple.

Si vous entrez dans une salle et que personne ne peut vous apprendre quoi que ce soit, vous êtes peut-être très intelligent.

Mais vous êtes aussi peut-être en train de perdre votre temps.

Car une personne seule possède forcément des limites.

Elle peut être excellente en finance et médiocre en communication.

Très créative en marketing et faible en gestion.

Brillante en technologie et inexpérimentée en ressources humaines.

Alors pourquoi vouloir être excellent dans tous les domaines ?

Pourquoi ne pas plutôt construire autour de soi une équipe dans laquelle chacun est meilleur que soi dans son propre domaine ?

C’est précisément la philosophie que Jack Ma a souvent défendue.

Le fondateur d’Alibaba a expliqué qu’il recrutait des personnes plus intelligentes que lui, capables même, quelques années plus tard, de devenir ses propres supérieurs. Il a également résumé sa conception du management en disant qu’il n’était pas nécessaire de tout savoir, mais qu’il fallait savoir trouver des personnes plus intelligentes et les faire travailler ensemble.

Voilà une idée qui paraît paradoxale :

Pour construire quelque chose de grand, vous n’avez pas besoin d’être le meilleur dans chaque domaine.

Vous avez besoin de trouver ceux qui le sont.

Imaginez une entreprise composée d’une seule personne.

Elle doit vendre.

Elle doit communiquer.

Elle doit gérer les finances.

Recruter.

Négocier.

Créer.

Produire.

Résoudre les problèmes techniques.

Et prendre toutes les décisions.

Même si cette personne est exceptionnellement intelligente, son temps reste limité.

Maintenant, imaginez cent personnes, chacune spécialisée dans un domaine, chacune apportant une fraction de ses capacités à un même projet.

La puissance ne vient plus seulement de l’intelligence individuelle.

Elle vient de l'intelligence collective.

C’est peut-être pour cela que certaines réalisations deviennent possibles à plusieurs alors qu’elles seraient presque impossibles pour un individu seul.

Une entreprise peut accomplir en quelques années ce qu’une personne seule ne pourrait pas accomplir en plusieurs vies.

Le secret n’est donc pas toujours de devenir plus intelligent.

Parfois, il consiste à construire autour de soi un système dans lequel les intelligences se complètent.

Regardez le sport.

Prenons Shaquille O’Neal.

À première vue, son histoire pourrait sembler éloignée de celle d’un entrepreneur ou d’un dirigeant.

Pourtant, son parcours offre une leçon intéressante.

Shaq n’a pas construit sa réussite uniquement sur une capacité intellectuelle exceptionnelle mesurée sur un banc d’école.

Il a construit une carrière grâce à un ensemble de qualités : une capacité physique hors norme, du travail, de la compétition, du sens du spectacle, du réseau et, plus tard, une importante activité entrepreneuriale.

Et il a lui-même expliqué que le basket-ball lui avait appris une leçon essentielle pour les affaires : le travail d’équipe.

Son histoire contient d’ailleurs une anecdote étonnante.

En 1999, O’Neal aurait investi environ 250 000 dollars dans Google à ses débuts. Des années plus tard, il aurait découvert presque par hasard, en lisant un article de presse consacré aux premiers investisseurs, qu’il figurait parmi eux. La valeur de cette participation aurait alors atteint plusieurs millions de dollars, souvent estimés autour de 16 millions selon les récits publiés.

Mais attention à la leçon que nous tirons de cette histoire.

Oublier un investissement ne prouve pas que quelqu’un est peu intelligent.

Au contraire, cette anecdote montre quelque chose de beaucoup plus intéressant :

On peut réussir extraordinairement sans que chaque réussite provienne directement de notre propre génie.

Shaq n’avait pas besoin de construire Google.

Il avait besoin de reconnaître suffisamment tôt qu’une équipe capable de construire quelque chose d’important méritait son attention.

C’est une différence fondamentale.

L’intelligence individuelle cherche parfois à tout comprendre.

L’intelligence collective cherche à savoir qui peut comprendre mieux que nous.

Et c’est ici que nous devons nous méfier d’une autre illusion : celle de croire que la réussite appartient nécessairement au plus intelligent.

Dans la réalité, les entreprises, les laboratoires, les équipes sportives et les grands projets fonctionnent rarement comme des concours où une seule personne doit avoir toutes les réponses.

Ils fonctionnent comme des équipes.

Le comptable n’a pas besoin d’être le meilleur commercial.

Le commercial n’a pas besoin d’être le meilleur ingénieur.

L’ingénieur n’a pas besoin d’être le meilleur recruteur.

Et le dirigeant n’a pas besoin d’être meilleur qu’eux dans chacun de leurs métiers.

Son rôle peut être différent :

Trouver ces personnes, leur faire confiance et les faire travailler ensemble.

C’est peut-être là que se trouve l’une des formes les plus sous-estimées de l’intelligence.

Savoir reconnaître son propre domaine d’excellence est une qualité.

Mais savoir reconnaître le domaine d’excellence des autres en est une autre.

Et parfois, la seconde construit davantage que la première.

Alors, la prochaine fois que vous entrez dans une pièce, ne demandez pas seulement :

« Suis-je le plus intelligent ici ? »

Posez une question plus intéressante :

« Qui, dans cette pièce, peut m’apprendre quelque chose que je ne sais pas ? »

Si la réponse est : personne…

Peut-être que vous êtes effectivement le plus intelligent de la pièce.

Mais peut-être surtout que vous êtes dans la mauvaise pièce.

Car le véritable objectif n’est pas d’être entouré de personnes moins intelligentes que soi.

C’est de construire un environnement dans lequel chacun peut être plus intelligent que soi dans quelque chose.

Et lorsque toutes ces intelligences se mettent à travailler dans la même direction, une chose extraordinaire se produit :

Personne n’a besoin d’être un génie dans tout pour construire quelque chose de génial.

 

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De la résolution à l'anticipation : L'homme doit-il être intelligent ou sage ?

23 Septembre 2023 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

On dit souvent qu’un enfant réussira dans ses études s’il possède deux qualités : une bonne mémoire et une grande capacité de concentration.

Cela paraît logique.

L’école lui demande de retenir des dates, des définitions, des formules, des règles, puis vérifie, lors d’un examen, ce qu’il est capable de restituer.

Mais une question mérite d’être posée :

Que vaut une mémoire exceptionnelle lorsqu’aucune réponse n’est déjà écrite ?

Car il existe une différence fondamentale entre savoir et savoir-faire.

La mémoire nous permet de conserver une réponse.

L’intelligence apparaît lorsque nous devons en construire une.

Comme le résumait le célèbre psychologue, biologiste et épistémologue suisse Jean Piaget :

« L’intelligence, ce n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on fait quand on ne sait pas. »

Cette phrase nous oblige à regarder l’intelligence autrement.

Le véritable test de l’intelligence ne consiste peut-être pas à demander à quelqu’un ce qu’il sait, mais à observer ce qu’il fait lorsqu’il ne sait pas.

Que fait-il lorsqu’il rencontre un problème nouveau ?

Cherche-t-il une solution ?

Pose-t-il les bonnes questions ?

Essaie-t-il autrement ?

Relie-t-il des informations qui semblaient, au départ, n’avoir aucun rapport ?

Ou reste-t-il simplement bloqué parce que personne ne lui a encore appris la réponse ?

Voilà pourquoi la réussite scolaire et l’intelligence ne sont pas exactement la même chose.

L’école peut mesurer certaines formes de mémoire, de raisonnement et de compréhension. Mais la vie, elle, nous présente continuellement des problèmes pour lesquels nous n’avons reçu aucune fiche de révision.

Et c’est précisément là qu’une autre qualité apparaît :

La sagesse.

Dans la psychologie cognitive, intelligence et sagesse ne désignent pas la même chose. L’intelligence concerne notamment notre capacité à comprendre, apprendre, raisonner et résoudre des problèmes. La sagesse ajoute une dimension différente : le recul, le jugement, la prise en compte des conséquences et la capacité à choisir une conduite adaptée à une situation complexe.

On pourrait alors résumer la différence par une formule simple :

Un homme intelligent sait résoudre un problème qu'un homme sage aurait su éviter.

Imaginez deux personnes devant exactement le même obstacle.

La première l’affronte, cherche une solution, essaie plusieurs méthodes et finit par le franchir.

La seconde, elle, remarque immédiatement que le chemin choisi mène à une impasse. Elle change de direction avant même d’atteindre l’obstacle.

Qui est la plus intelligente ?

Il est difficile de répondre.

Mais il est possible que la seconde ait simplement appris quelque chose que la première n’avait pas encore appris :

L’expérience.

C’est précisément pour cela que l’expérience professionnelle possède une telle valeur.

Pourquoi les entreprises recherchent-elles si souvent des personnes expérimentées ?

Parce qu’une personne expérimentée n’apporte pas seulement des connaissances.

Elle apporte aussi une mémoire des problèmes.

Elle a déjà rencontré des clients difficiles, des erreurs, des retards, des conflits, des imprévus, des échecs et des situations dans lesquelles le manuel ne donnait aucune réponse claire.

Elle sait parfois reconnaître un problème avant même qu’il ne devienne visible.

Un débutant peut connaître parfaitement la théorie et pourtant rester paralysé devant une situation qu’il n’a jamais rencontrée.

L’expérience, elle, transforme progressivement les problèmes inconnus en problèmes familiers.

Et c’est pourquoi le premier emploi ne devrait pas être considéré uniquement comme une transaction :

« Combien vais-je gagner ? »

Il faut aussi demander :

« Qu’est-ce que je vais apprendre ici ? »

Pour un jeune diplômé, une première expérience peut avoir une valeur considérable, même lorsqu’elle commence modestement.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut accepter n’importe quelles conditions, ni considérer le travail gratuit comme une norme. Cela signifie plutôt qu’au début d’une carrière, il peut être rationnel d’accepter une rémunération modeste, un poste d’entrée ou un stage correctement encadré lorsque celui-ci permet d’acquérir une véritable compétence et une expérience professionnelle valorisable.

Parce qu’au début, on possède souvent davantage de connaissances que d’expérience.

Et avec le temps, l’équilibre s’inverse.

On commence par apprendre les règles.

Puis on découvre leurs limites.

On apprend ensuite à reconnaître les exceptions.

Puis, un jour, on comprend quelque chose de plus important :

Tous les problèmes ne méritent pas d’être résolus.

Certains méritent d’être évités.

C’est peut-être cela, finalement, la véritable progression.

L’étudiant demande :

« Quelle est la bonne réponse ? »

Le professionnel demande :

« Comment résoudre ce problème ? »

L’expérimenté demande :

« Comment éviter qu’il se reproduise ? »

Et le sage finit par demander :

« Était-il nécessaire d’entrer dans ce problème ? »

Voilà pourquoi l’expérience peut devenir plus précieuse que la simple accumulation de connaissances.

Elle nous apprend non seulement à faire, mais aussi à ne pas faire.

Elle nous apprend que certaines batailles ne valent pas la peine d’être livrées, que certaines erreurs peuvent être évitées, que certaines décisions ont des conséquences prévisibles et que parfois, la meilleure solution n’est pas une solution brillante.

C’est une décision prise suffisamment tôt pour que le problème n’existe jamais.

Alors, si vous êtes encore étudiant, ne cherchez pas seulement à remplir votre mémoire.

Cherchez à développer votre capacité à réfléchir lorsque votre mémoire ne possède aucune réponse.

Et si vous êtes au début de votre carrière, ne mesurez pas uniquement votre première opportunité à son salaire.

Mesurez aussi ce qu’elle peut vous apprendre.

Car l’argent récompense souvent une compétence déjà construite.

L’expérience, elle, contribue à construire cette compétence.

Le début peut être modeste.

L’apprentissage, lui, ne devrait jamais l’être.

Et peut-être qu’au bout du chemin, vous comprendrez que l’intelligence ne consiste pas simplement à savoir résoudre davantage de problèmes.

Elle consiste aussi à devenir suffisamment expérimenté pour en créer moins.

L’intelligent franchit l’obstacle.

L’expérimenté reconnaît l’obstacle.

Le sage choisit parfois un autre chemin.

 

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Faut-il toujours dire la vérité à un enfant ?

14 Septembre 2023 , Rédigé par Achref Snoussi Publié dans #essais

Faut-il toujours dire la vérité à un enfant ?

La question semble évidente.

Bien sûr qu'il faut être honnête.

Mais l'éducation est rarement aussi simple.

Car il existe une différence entre mentir pour tromper un enfant et lui transmettre une conviction suffisamment forte pour qu'il finisse par dépasser ce qu'il croyait possible.

Parfois, un parent ne décrit pas seulement ce que son enfant est.

Il lui décrit ce qu'il pourrait devenir.

Et cette différence peut changer une vie.

C'est ce que la psychologie appelle notamment la prophétie autoréalisatrice : les attentes que nous avons envers une personne peuvent influencer notre manière de la traiter, les occasions que nous lui donnons et, dans certaines conditions, sa propre performance.

L'un des phénomènes les plus connus dans ce domaine est l'effet Pygmalion, popularisé par les travaux de Robert Rosenthal et Lenore Jacobson.

L'idée est fascinante :

lorsque quelqu'un croit profondément en nos capacités, cette croyance peut contribuer à modifier notre comportement et nos performances.

Ce n'est pas de la magie.

Et ce n'est certainement pas la preuve que toutes les attentes positives deviennent automatiquement réalité.

Mais l'environnement psychologique créé par les attentes d'un parent, d'un professeur ou d'un entraîneur peut compter énormément.

Regardons quelques histoires célèbres.

Commençons par Ronaldinho.

On raconte souvent que, lorsqu'il était enfant au Brésil, son père lui faisait jouer au football pieds nus dans la rue en lui expliquant que cela améliorerait son toucher et son contrôle du ballon.

L'histoire est séduisante.

Mais derrière elle se cache une réalité beaucoup plus simple : la famille de Ronaldinho connaissait des difficultés financières et les chaussures de football n'étaient pas nécessairement accessibles comme elles le sont pour un jeune joueur privilégié.

Alors le père pouvait-il réellement transformer une contrainte économique en avantage pédagogique ?

Peut-être.

Mais l'essentiel n'est pas là.

Ce qui compte, c'est le message transmis à l'enfant :

« Ce que tu n'as pas n'est pas nécessairement ce qui t'empêchera de devenir ce que tu veux être. »

Un enfant peut grandir en pensant :

« Je n'ai pas les moyens, donc je ne peux pas. »

Ou :

« Je vais trouver une autre manière de progresser. »

Deux phrases.

Deux mentalités.

Et parfois, une vie entière de différence.

L'histoire de Thomas Edison est encore plus célèbre.

On raconte que son instituteur le considérait comme un enfant difficile, inattentif ou incapable de suivre normalement l'enseignement scolaire.

Sa mère, Nancy Edison, aurait alors décidé de le retirer de l'école et de l'instruire elle-même.

Elle ne lui a pas dit :

« Ton professeur a raison. Tu n'es pas capable. »

Elle lui a transmis exactement l'inverse :

« Tu es capable. »

Et cette conviction est devenue une partie de son identité.

Edison a ensuite développé une extraordinaire capacité de travail et d'expérimentation.

Mais là encore, il faut corriger un détail souvent répété.

On dit parfois qu'il a essayé exactement « mille fois » avant de réussir le premier prototype de sa lampe électrique.

Le chiffre est devenu une légende populaire, mais son parcours réel comporte de nombreuses expérimentations et plusieurs étapes techniques.

Ce qui est certain, en revanche, c'est que l'échec ne l'a pas conduit à conclure :

« Je suis incapable. »

Il pouvait plutôt se dire :

« Cette méthode n'a pas fonctionné. Il faut en essayer une autre. »

Et cette différence psychologique est immense.

Un enfant à qui l'on répète :

« Tu es mauvais en mathématiques »

peut finir par éviter les mathématiques.

Un enfant à qui l'on dit :

« Tu n'y arrives pas encore, mais nous allons trouver comment »

peut développer une relation complètement différente avec l'échec.

Le premier reçoit une identité.

Le second reçoit une mission.

Mais cette idée ne concerne pas uniquement la science.

Elle apparaît également dans les récits historiques.

La mère d'Alexander the Great, Olympias, aurait entretenu chez son fils l'idée qu'il était destiné à une grandeur exceptionnelle et, dans certaines traditions antiques, qu'il avait une ascendance divine liée à Zeus.

Il faut ici être prudent : ces récits appartiennent en partie à la tradition historique et légendaire construite autour d'Alexandre.

Mais qu'ils soient littéralement vrais ou non, ils illustrent quelque chose d'intéressant.

Un enfant élevé avec l'idée :

« Tu es destiné à quelque chose de grand »

ne construit pas nécessairement la même image de lui-même qu'un enfant auquel on répète :

« Ne rêve pas trop grand. »

Alexandre a effectivement construit un empire immense.

Mais il serait évidemment absurde d'attribuer ses conquêtes uniquement aux paroles de sa mère.

Une conviction n'est pas une armée.

Elle peut cependant influencer la manière dont une personne perçoit ses propres limites.

Et l'une des histoires les plus extraordinaires à cet égard est peut-être celle de Romain Gary et de sa mère, Nina Kacew.

Nina a construit autour de son fils un univers presque entièrement fondé sur l'ambition.

Elle lui répétait qu'il deviendrait quelqu'un d'exceptionnel.

Elle rêvait pour lui d'une carrière française prestigieuse : diplomate, écrivain, homme d'honneur.

Elle lui attribuait un avenir qui semblait parfois beaucoup plus grand que les circonstances dans lesquelles ils vivaient.

Et pendant la guerre, elle continua à lui écrire.

Elle l'encourageait.

Elle lui rappelait constamment ce qu'il devait devenir.

Mais l'histoire prend une dimension bouleversante lorsque Romain Gary revient en France.

Il découvre alors que sa mère est morte depuis plusieurs années.

Les lettres qu'il avait reçues pendant la guerre avaient été organisées à l'avance afin qu'il continue à croire qu'elle était là, qu'elle l'attendait et qu'elle suivait son parcours.

Elle avait donc construit une présence fictive pour protéger son fils psychologiquement.

Et l'enfant qu'elle avait poussé à rêver grand devint effectivement écrivain, diplomate et Compagnon de la Libération.

Mais encore une fois, attention à la conclusion.

Cela ne signifie pas que mentir à son enfant est une bonne méthode éducative.

La réussite d'une histoire ne transforme pas automatiquement son procédé en règle.

Ce que ces histoires nous permettent plutôt de comprendre, c'est le pouvoir extraordinaire des attentes.

Lorsqu'un enfant croit que personne n'attend rien de lui, il peut apprendre à attendre peu de lui-même.

Lorsqu'il grandit entouré de personnes qui lui disent :

« Tu peux apprendre. »

« Tu peux progresser. »

« Tu peux recommencer. »

« Tu peux devenir meilleur. »

Il reçoit quelque chose de beaucoup plus précieux qu'un compliment :

Une représentation différente de ses propres possibilités.

C'est ici que nous retrouvons le fameux effet Pygmalion.

L'expérience classique de Rosenthal et Jacobson a montré comment les attentes des enseignants pouvaient être associées à des différences de progression chez certains élèves, même lorsque les élèves avaient été présentés aux enseignants comme ayant un potentiel particulier.

Les résultats et leur interprétation ont ensuite fait l'objet de nombreuses discussions et critiques scientifiques.

Mais l'idée générale reste profondément intéressante :

Les attentes d'un adulte peuvent modifier la manière dont il se comporte avec un enfant, et cette différence de traitement peut à son tour influencer l'enfant.

Plus d'attention.

Plus d'encouragement.

Des questions plus difficiles.

Davantage de patience.

Davantage d'occasions.

Davantage de retours.

Et progressivement, l'enfant peut finir par devenir celui que l'adulte avait imaginé.

Ce n'est donc pas nécessairement la croyance qui crée directement le talent.

C'est la croyance qui peut créer l'environnement dans lequel le talent a davantage de chances de se développer.

Et c'est exactement ce que nous retrouvons dans l'histoire de Venus et Serena Williams.

Avant de devenir des championnes, elles étaient simplement deux petites filles dont leur père, Richard Williams, avait décidé de prendre le potentiel au sérieux.

Il avait préparé un plan.

Il les avait entraînées.

Il avait placé devant elles des objectifs extrêmement ambitieux.

Mais surtout, il les traitait comme si leur avenir méritait déjà d'être préparé.

Il croyait avant de voir.

Et les résultats sont devenus visibles ensuite.

C'est peut-être cela, au fond, la responsabilité d'un parent.

Non pas raconter à son enfant qu'il est déjà un génie.

Non pas lui promettre qu'il deviendra forcément champion, scientifique ou artiste.

Mais lui donner suffisamment de confiance pour qu'il ose travailler avant d'avoir les preuves de son propre potentiel.

Car un enfant ne peut pas toujours voir la personne qu'il pourrait devenir.

Il a parfois besoin qu'un adulte la voie pour lui.

Alors oui, soyons honnêtes avec nos enfants.

Mais ne confondons jamais honnêteté et limitation.

Dire :

« Tu n'es pas encore capable »

n'est pas la même chose que dire :

« Tu n'en seras jamais capable. »

Dire :

« Tu as échoué »

n'est pas la même chose que dire :

« Tu es un échec. »

Et surtout :

dire à un enfant :

« Je crois en toi »

n'est pas nécessairement lui mentir.

C'est parfois lui prêter, pendant quelques années, une confiance qu'il n'a pas encore la force de posséder seul.

La véritable prophétie autoréalisatrice n'est peut-être pas :

« Tu es déjà extraordinaire. »

C'est plutôt :

« Je vois en toi quelque chose que tu ne vois pas encore. Maintenant, travaillons pour savoir si j'ai raison. »

Car un enfant ne devient pas exceptionnel simplement parce qu'on lui répète qu'il l'est.

Mais il peut devenir exceptionnel lorsqu'une croyance suffisamment forte lui donne le courage de travailler jusqu'à ce que cette croyance rencontre enfin la réalité.

 

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